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      Prêtre-ouvrier, aujourd’hui

Prêtre-ouvrier, aujourd’hui

LANGUEDOC-ROUSSILLON Jean-Louis, prêtre et laveur de vitres, témoigne de son quotidien et de la spécificité de son ministère.


Beaucoup de gens ne sont pas indifférents quand on emploie l’expression un peu mythique de ’prêtre-ouvrier’. Ils demandent si « cela existe encore » ; les plus anciens se souviennent vaguement du ’coup d’arrêt’ de 1954 et ne connaissent pas la suite de l’histoire ; tandis que d’autres ont connu tel prêtre-ouvrier (PO), même si c’était parfois plus précisément un prêtre au service de la Mission ouvrière qui n’avait aucune activité professionnelle. Cela existe encore mais, à vrai dire, nous ne sommes plus qu’une petite vingtaine en France dans le collectif des PO à ne pas être encore à la retraite !

Paroisse et CDD

Depuis 1993, je suis ouvrier dans le nettoyage – agent de service ou d’entretien ; j’ai travaillé dans une bonne douzaine de sociétés de ce milieu, surtout comme laveur de carreaux. En octobre dernier, après douze années dans la même entreprise d’une petite ville du sud de la France, j’ai déménagé dans une ville beaucoup plus grande, où j’ai tout de suite retrouvé un emploi à temps partiel (entre 20 et 30 heures par semaine), tout en étant le prêtre référent d’une paroisse très populaire et très marquée par l’Islam.
Ma situation professionnelle a quelque peu changé : j’étais pépère et me voici précaire ! J’étais délégué (syndical et du personnel) et me voici relégué ! Depuis le 1er novembre, j’en suis à ma deuxième société et j’enchaîne les petits CDD de remplacements. Pour avoir un CDI et pouvoir enfin dire un peu quelque chose, et peut-être m’engager de nouveau avec la CFDT, il va falloir attendre très longtemps et signer naïvement beaucoup de contrats « pas très catholiques » ! Ayant connu les conditions de travail les plus diverses, je ne me plains pas de mon sort : je suis au chaud puisque nous travaillons dans un grand hôpital. Par rapport à mon envoi dans le ministère PO et eu égard à mon âge critique (52 ans), et à la situation particulièrement difficile de l’emploi dans cette ville sans tradition industrielle, je ne trouverai pas mieux. Et surtout, le Bon Dieu m’a donné de bons collègues de toutes les couleurs ! Nous prenons la pause ensemble et l’ambiance est plutôt bonne. Pour que naissent la confiance et l’amitié, voire un peu de solidarité, il faut du temps ! Je souhaite de tout cœur prendre ce temps-là et rester avec ces collègues, même si je dois avaler quelques couleuvres !

Au service de la périphérie

Être PO, c’est un merveilleux ministère ! C’est une existence qui en vaut la peine, même s’il y a, en effet, de la fatigue et de la peine, comme dans tellement de vies de nos concitoyens exploités et précarisés. Dans les milieux ecclésiastiques, le ministère PO ne fait plus débat depuis bien longtemps. Nos chers Évêques, très occupés à boucher les trous pour ’couvrir’ le territoire des paroisses, ne sont « ni pour, ni contre, bien au contraire ». Et dans les séminaires, on ne risque pas d’en parler, si ce n’est dans un cours d’histoire de L’Église ! « Prêtres-ouvriers - prêtres oubliés », écrivait un copain PO ? Sans doute. Mais plus que jamais, justement parce qu’il y a désormais peu de prêtres dans nos régions, il serait bon que l’Église envoie en mission des serviteurs de l’Évangile qui ne seraient pas en priorité au service de la ’boutique’, mais de la périphérie. Et l’Église, dans son institution et ses ministres, n’a pas, loin s’en faut, fini d’apprendre de la vie des pauvres gens en partageant tout simplement leurs conditions de travail, leurs espoirs et leur désir d’une société plus juste et fraternelle.

Jean-Louis Cathala

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