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      Une piécette qui vaut de l’or

Une piécette qui vaut de l’or

Lille (59) Daniel Maciel est diacre, membre depuis plus de 20 ans de l’association Magdala à Lille. Il témoigne de ce que cet engagement permet.


Pour dire mon engagement me vient l’épisode rapporté dans l’Évangile de Luc, où des gens riches déposaient beaucoup d’argent dans le tronc du trésor du temple, et où une veuve misérable met une piécette. Jésus remarque cette veuve et dit qu’elle a mis plus que tout le monde, parce que les autres ont pris de leur superflu alors qu’elle, a mis tout ce qu’elle avait pour vivre. Objectivement, ce qu’elle a mis ne va pas contribuer de manière significative à l’entretien du Temple contrairement à l’argent des riches. Mais en soulignant l’importance de ce geste, Jésus nous montre le renversement des valeurs à opérer pour construire le Royaume qu’il annonce.

Un engagement qui transforme

En m’engageant dans la communauté de Magdala, je voulais aider des personnes sans logement, sans travail ou cumulant toutes sortes de difficultés. Quand je vois avec le recul le nombre de ceux et celles qui nous ont quittés, avec 20 ou 30 ans de moins que l’espérance de vie moyenne des Français, je relativise les effets mesurables de cet engagement. Mais, au fil de ces rencontres, j’ai été profondément transformé. J’ai compris que ces hommes, ces femmes ont autant apporté à l’humanité que d’autres dont les noms sont célèbres. Cet apport est certainement du même ordre que cette pièce que met la veuve dans le tronc et dont le regard de Jésus révèle la valeur.

Servir la Parole de Dieu, la Parole des pauvres

Dans l’Évangile de Matthieu (ch.25), Jésus s’identifie aux pauvres. On pourrait ajouter aujourd’hui « Je n’avais plus la parole et vous me l’avez donnée ». Dans mon ministère de diacre, j’essaie de vivre le service de la Parole de Dieu, à travers le service de la parole des plus pauvres.
Les voix qui comptent dans notre société sont souvent celles de personnes instruites, qui ont du pouvoir ou de l’argent, qui ont fait de grandes choses aux yeux du monde ou qui, simplement, savent bien manier les mots. Or, faire face à la galère, à l’échec à répétition, demande beaucoup plus d’énergie que vivre la réussite. Ceux qui vivent ces épreuves ont des choses importantes à dire pour notre humanité, mais ils n’en ont pas conscience. Pour que leur parole émerge, il faut qu’ils puissent se retrouver avec d’autres et réaliser la valeur de ce qu’ils vivent. J’ai la chance d’être en lien avec des dizaines de ces groupes à travers la France, où chacun ose, petit à petit, se dire, parce que la confiance, la bienveillance et la fraternité vécues permettent de dépasser la honte et la culpabilité. Ce qui s’y partage est d’une très grande richesse, mais qui reste le plus souvent enfouie. Les pauvres sont généralement vus comme ceux à qui il faut donner, pas comme des contributeurs.
Heureusement des espaces se créent où leur parole est attendue. Je pense par exemple au Conseil national de lutte contre l’exclusion qui fait appel à des personnes qui ont l’expérience de l’exclusion pour participer à l’élaboration des politiques publiques, ou à des diocèses qui lancent des groupes ‘Place et parole des pauvres’, dans la suite de Diaconia 2013. Pour aider ceux qui le souhaitent à mettre en place les conditions pour que cette parole émerge, nous avons créé, à quelques-uns, ‘Participation et Fraternité’. Cette petite association développe des formations-action et accompagne des structures et des groupes de tailles très diverses pour associer ceux qui n’ont qu’une piécette à apporter à la construction de la maison commune.

Daniel Maciel

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