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      Je ne peux pas ne pas m’engager

Je ne peux pas ne pas m’engager

ASNIÈRES (92) Féliciano, membre ACO et militant socialiste, nous partage son état d’esprit en ces temps de doutes.


L’engagement militant dans un parti politique est une fête, lorsqu’il part d’un élan authentique venant du cœur, cohérent avec l’ensemble de nos aspirations profondes. Il est une fête quand les victoires et les conquêtes s’additionnent, mais il l’est aussi aux heures des sacrifices et des combats justes, que l’on pense perdus d’avance. Je dois avouer qu’après 17 ans d’engagement au parti socialiste (PS), je ressens moins cet esprit de fête. Je regarde aujourd’hui mon parti et me demande si j’y suis encore à ma place.

Des convictions et des doutes

Pour moi, l’engagement politique est une manière d’accomplir le « aimer son prochain comme soi-même ». Le parti semble avoir perdu de vue cet autre, plus fragile et précaire, ouvrier, étranger, femme, jeune, personne âgée… Le seul objet du parti semble être lui-même. C’est aussi un devoir pour ’les forts’ de porter sur eux la faiblesse de ceux qui n’ont pas cette force. Les conquêtes de droits nouveaux ; la consolidation de la démocratie locale, sociale ; l’opposition à la toute-puissance de l’économique sur le politique… Autant de forces à entretenir pour le parti.
Pour moi, le collectif est une dimension essentielle de l’engagement militant. Baptisé, j’ai été élevé dans l’idée que chacun est relié à tous les autres dans une dimension organique (allégorie du corps chez Saint Paul pour décrire l’Église). Or nous avons perdu le sens du collectif. Et c’est ici que réside, sans doute, mon plus grand désappointement en tant que chrétien catholique, engagé au sein d’un parti. Au PS, il me semble que nous sommes parvenus à ce moment de délitement redouté par Saint Paul dans sa métaphore, ce moment tragique où le pied dirait : « puisque je ne suis pas la main, je ne fais pas partie du corps ». Je crois toujours à la nécessité de l’engagement politique, en la puissance de l’action collective, au rôle des partis pour faire vivre et tenir ensemble les hommes et les femmes d’une même nation au-delà de leurs différences. Autant de certitudes battues en brèche aujourd’hui par le discrédit de la parole politique, la résurgence des populismes de toutes sortes, l’exacerbation des individualismes et des antagonismes de classe, de religion, de culture…

Une relecture salutaire

Plus dure sera l’action ; mais plus déterminé devra être l’engagement, plus solides les valeurs, plus claires les convictions. Je sais qu’il va falloir que je retrouve sens, c’est-à-dire à la fois signification et direction, à mon engagement politique. Parce que je sais que je ne peux pas ne pas m’engager, agir, prendre parti.
Il y a lieu, pour l’heure, de reprendre à nouveaux frais ce cheminement de l’engagement, forgé au fil de mes années en ACO : prendre d’abord le temps d’un regard lucide pour voir en vérité les choses, les situations et aussi les hommes et femmes avec lesquels je mène ou ai mené mes combats, moi compris ; juger ensuite, sans concession ni fausses excuses ce que sont nos valeurs, la sincérité de nos engagements, ce qu’ont été nos erreurs, mais aussi discerner ce qui reste de nos richesses, de nos forces, de nos possibilités de faire ensemble ; alors je pourrai à nouveau envisager d’agir, après en avoir déterminé les possibilités, les conditions et notre capacité collective à contribuer de quelque manière à améliorer les conditions de vie des plus faibles.

Féliciano Gomez

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