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      Jour 40 du confinement

Jour 40 du confinement

Dimanche, l’Eglise nous offre de lire à nouveau Emmaüs !...


« Et voici que ce jour-là, deux d’entre eux, se rendaient à un village nommé Emmaüs… » Lc 24,13.
J’avais choisi ce texte pour Pâques (J 26), mais il est tellement riche qu’on peut le regarder à nouveau.
A première lecture, le récit semble mettre en jeu 3 personnes, les deux disciples et Jésus. Or, un regard plus précis évoque bien d’autres acteurs passés ou actuels : dans l’ordre d’arrivée, tout le peuple, nos grands prêtres, nos chefs, Israël, quelques femmes d’entre nous, des anges, les prophètes, Moïse et tous les prophètes, les Onze, Simon. Cette énumération évoque la grande histoire passionnée et tourmentée de l’Alliance de Dieu et de son peuple dans son déroulement, une belle histoire d’amour !

Autre remarque, les noms donnés à Jésus : dans l’ordre "Jésus lui-même" ; "Jésus de Nazareth, un prophète" ; "le Christ (souffrant)" ; "le Seigneur". Comment en cheminant avec Jésus faire aujourd’hui la même découverte, passer de l’homme Jésus au Seigneur Dieu ?
Ce texte veut nous dire que, pour découvrir la présence du Ressuscité, un chemin est à parcourir :

Trois clés nous sont offertes pour emprunter ce chemin :

* L’Ecriture, avec l’histoire de l’Alliance, pour se souvenir de la manière de faire de Dieu, de sa fidélité.

* L’Eucharistie, mémoire d’une présence-absence de Jésus ; là, mais invisible ; présent, mais insaisissable.

* Le partage en Eglise, entre frères et au delà, pour témoigner de l’Espérance qui nous anime. C’est important qu’ils soient deux, pour qu’il y ait échange, dialogue, car c’est le vrai chemin de la découverte.
Nous voici invités à passer d’un Jésus mort au Seigneur vivant.

Il faut du temps - un long chemin - pour comprendre que Jésus de Nazareth est bien mort ; cette aventure-là est finie. Il n’est plus là ce compagnon qui expliquait si bien les Écritures sur les routes de Galilée ; il faut quitter ce rêve, pour reconnaître le Christ, là où il est présent aujourd’hui, parmi nous.

Il faut du temps - un long chemin - pour accueillir le Crucifié-ressuscité, pour lui dire "reste avec nous". Il faut quitter l’image d’un Jésus idéal (prophète puissant) ; il faut passer au Christ souffrant, passage nécessaire pour que les disciples se lèvent et reprennent l’initiative.

Alors Jésus devient non pas un rêve, mais une question dans leur vie : "Ne fallait-il pas… ?“ Sa présence n’est pas dans le passé ; elle ouvre leurs yeux et leur cœur, elle les ouvre à l’initiative.

Alors le texte vient éclairer trois situations :
* D’abord, celle des disciples :
Ici est évoquée rapidement toute l’aventure de Jésus avec ses disciples. Ces hommes ont rencontré Jésus ; ils ont vu en lui "un prophète, puissant en actes et en paroles". En lui, ils ont mis leurs espoirs ; il allait rétablir le Royaume, libérer le peuple. (C’est la première partie des Evangiles). Mais Jésus comprenait autrement sa mission : à l’aide des Ecritures, il leur expliquait qu’il lui fallait passer par la mort pour apporter aux hommes une libération bien plus radicale (C’est le sens de la montée à Jérusalem). Quand ils découvrent vraiment qui il est, il est devenu invisible. Sa présence est devenue différente, mais quelque chose de brûlant a passé en eux ; eux aussi sont devenus différents. « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, quand il nous parlait en chemin ? » Cela change tellement leur vie qu’ils partent jusqu’aux extrémités du monde proclamer la Bonne Nouvelle.
* Puis, celle de tout le peuple de Dieu :

Les nombreux personnages évoqués dans ce récit nous invitent à y voir un résumé de l’histoire de l’Alliance. Cette histoire n’est-elle pas une longue marche qui porte en elle bien des espoirs et bien des déceptions. Devant tant d’échecs, comment ne pas avoir "l’aspect éteint" ? Avec Jésus, Dieu se mêle à cette longue marche des hommes ; il écoute, pose des questions, partage avec eux des interrogations, réveille en eux les espoirs les plus fous. Dans les Ecritures, il propose un sens à leur histoire : ne fallait-il pas ce long enfantement douloureux pour déboucher sur un monde nouveau ? Ne faut-il pas tous ces tâtonnements pour que librement les hommes inventent leur réponse libre à l’amour de Dieu ? Le but visé explique toute la route. Le signe du pain partagé, signe laissé par Jésus à ses disciples la veille de sa mort, nous assure de l’amitié et de la fidélité de Dieu, que rien ne peut décevoir, ni étouffer. Elle est cette "brûlure" qui habite l’humanité, puissance de renouvellement, car ce feu, c’est l’amour.

* Et finalement notre propre situation, à nous aujourd’hui :
Cet épisode d’Emmaüs, n’est-ce pas aussi l’histoire de notre vie ? Notre existence est un chemin où nous marchons avec d’autres hommes (plus ou moins frères). Il y a des jours merveilleux, mais il y a aussi des périodes difficiles, comme celle que nous connaissons actuellement. Mais Quelqu’un est là, encore inconnu, sa présence nous accompagne. Jésus est aussi discret dans nos vies que cet inconnu qui se mêle à la conversation des deux disciples. Nous rencontrons certes des témoignages (comme celui des femmes), des signes (comme celui du pain partagé) qui peuvent ouvrir nos yeux aveuglés ; mais il faut chercher et de jour en jour, à l’écoute des autres, en partageant les événements et les Ecritures, réconfortés par ce pain qu’il nous a donné pour faire mémoire de lui, nous pourrons le reconnaître et découvrir ce “feu“ et cette "brûlure" que son amour a allumés en nous. Alors, sortir, reprendre la route et aller annoncer la Bonne Nouvelle sera pour nous une nécessité et une joie. Alleluia !...

Alain Patin
alain.patin chez libertysurf.fr

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