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      Jour 30 du confinement

Jour 30 du confinement


Alors qu’on vient de nous annoncer qu’il fallait encore patienter quatre semaines avant de sortir timidement du confinement, je vous propose, avec Jésus notre guide, de faire davantage attention au temps qui nous est donné : comment le gérer ?

« Jésus disait encore la parabole que voici : "Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher des fruits et n’en trouva pas. Il dit alors au vigneron : Voilà trois ans que je viens chercher des fruits sur ce figuier et je n’en trouve pas. Coupe-le ; pourquoi le laisser épuiser la terre ? En réponse, il lui dit : Maître, laisse-le cette année encore, le temps que je bêche tout autour pour y mettre du fumier. Peut-être produira-t-il des fruits à l’avenir ?... Sinon tu le couperas.” » Lc 13, 6-9

Cette conversation, c’est un échange entre le Père et le Fils : de quoi parle-t-on chez Dieu ? D’un figuier planté dans une vigne. De ce figuier, chacun attend des fruits, et il n’y en a pas. Pourtant on a laissé du temps au temps : trois ans, pendant lesquels patiemment on a espéré un résultat. Que faire ? Le premier dit : « Coupe-le », le second répond que ce n’est pas encore le moment, il demande un délai pour employer de nouveaux moyens et mettre de l’engrais, avec l’espoir d’un fruit à venir et il ajoute (et là, je trouve que c’est très beau) : « Sinon, tu le couperas. » Ni le premier, ni le second, personne, ne veut couper cet arbre ; chacun compte sur l’autre pour faire le geste définitif. Chez Dieu, personne ne veut “couper”, manifester qu’il n’y a plus rien à faire. La parabole s’arrête là, parce qu’à cet endroit elle exprime l’essentiel.

Voilà comment Dieu nous aime, en attendant beaucoup de chacun de nous. Et pour que le fruit vienne, il manifeste une patience agissante. Il sait nous donner du temps, il n’est pas pressé. Il sait attendre, mais sans nous abandonner et il s’active pour nous offrir les moyens d’avancer. Il bêche tout autour ; il met du fumier. Il se donne du mal pour nous. Il n’est pas en dehors du combat ; il s’investit à nos côtés pour que viennent ces fruits qu’il attend.

Dieu descend encore dans sa vigne, et des figuiers que nous sommes, il continue d’attendre des fruits. Il nous veut porteurs d’une récolte abondante, mais il sait qu’il nous faut du temps, et il nous laisse ce temps. Vivre sous cet horizon, grandir sous cette bienveillance, c’est adopter pour soi, pour les autres et en toute circonstance une attitude semblable.

Pour soi, comme Dieu le désire, être ambitieux, vouloir porter du fruit, ne pas se résigner à une petite vie banale, mais faire quelque chose de beau de sa vie, garder présent cet aiguillon, mais sans tension, avec calme et sérénité. Et surtout savoir qu’il faut du temps, prendre une attitude de cultivateur et apprécier les petits dépassements qui manifestent une direction choisie et tenue. Ne pas se désoler de victoires incomplètes, mais reprendre sans cesse le chemin. Etre patient et bon avec soi, sachant que personne ne grandit à la force du poignet ou tendu par l’effort, mais en acceptant de se donner, de mûrir lentement, à la manière d’un fruit. Ne sont beaux et bons que les fruits qui ont pris le temps de mûrir au soleil ; tous ceux qu’on tente de forcer artificiellement n’aboutissent qu’à de pâles répliques.

Offrir aussi aux autres, le même environnement ; va te promener dans leur vigne, en bon voisin. Regarde leur figuier pour y cueillir des fruits. Fais leur comprendre ainsi que tu attends quelque chose d’eux : tu as besoin de leur enthousiasme, de leur ardeur et de leurs projets. Pour vivre, tu as besoin qu’ils soient vivants, eux aussi. Montre-leur, dis-leur ce que tu attends d’eux. Ne passe pas indifférent ou résigné ; sois appelant, mais sans impatience, en sachant attendre les heures de découvertes et de dépassements. Ne cherche pas à ce qu’ils vivent, découvrent et s’engagent à ta manière ; laisse-les mûrir à leur rythme.

Et devant le monde, devant cette société trop souvent malade, tu pourrais t’impatienter. Pourquoi la justice est-elle si lente à s’établir ? Pourquoi la paix n’arrive-t-elle pas à faire taire le bruit des bombes ? Pourquoi les riches toujours plus riches et les pauvres sans cesse à la merci du lendemain ? Pourquoi ce monde, comme un arbre qui n’arrive pas à donner du fruit ? Faut-il se résigner, abandonner le terrain aux ronces, aux fous, à la violence ? Faut-il couper les ponts avec le monde, se réfugier dans l’individualisme, s’offrir un petit espace protégé, loin des redoutables virus de ce monde ? Ou bien entendre la conversation de Dieu qui, lui, ne résigne pas : « Je vais bêcher tout autour pour y mettre de l’engrais ». Nous venons de le vivre lors de la Semaine Sainte : avec Jésus, Dieu n’a pas coupé avec ce monde ; il a été jusqu’au bout solidaire de chacun d’entre nous, jusqu’à tout donner pour le plus petit et le plus éloigné d’entre nous.

Alors s’il te vient l’envie de « couper » ou de te résigner, reviens à l’histoire que raconte Jésus, reprends patiemment la bêche, même si la terre est dure et introduis avec ténacité le fumier évangélique, sûr que Dieu travaille au plus profond, pour que jaillissent un jour, en toi et partout, les fruits attendus.

Alain Patin
alain.patin chez libertysurf.fr

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