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      Confinement, jour 23

Confinement, jour 23


A la veille du Jeudi Saint, où Jésus a pris le pain et le vin pour nous assurer de sa présence parmi nous à renouveler sans cesse : « Faites ceci en mémoire de moi ! », nous voilà un peu démunis comme les disciples : « Nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons… », et pire encore, car nous n’avons même pas la possibilité de les offrir en partage !..., tout rassemblement nous étant impossible.

Mais regardons le texte de plus près.

« Les foules suivaient Jésus. Il les accueillit, leur parla du Royaume de Dieu et guérit ceux qui avaient besoin de soins. Le jour commençait à baisser. S’approchant, les Douze lui dirent : "Renvoie la foule, afin qu’ils aillent dans les villages et hameaux d’alentour pour y loger et y trouver des provisions, car ici nous sommes dans un désert." Mais il leur dit : "Donnez-leur vous-mêmes à manger.” Ils dirent : "Nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons, à moins d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple.” Car ils étaient bien cinq mille hommes. Alors il dit à ses disciples : "Faites-les s’étendre par tablées d’une cinquantaine.” Ils agirent ainsi et les firent tous s’étendre. Prenant alors les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux vers le ciel, les bénit, les rompit et il les donnait aux disciples pour les remettre à la foule. Ils mangèrent et furent tous rassasiés, et des morceaux restants on ramassa douze paniers ! » Lc 9, 11-17

Il me semble que là deux pistes (deux poissons ? ces poissons qu’on oublie si vite !...) nous sont offertes en ces temps de confinement.

La première piste nous rappelle que le Corps du Christ qui nous est actuellement inaccessible, ce n’est pas seulement le Pain de Vie, l’Eucharistie. “Nous sommes le Corps du Christ“, comme nous le chantons, et “chacun de nous est un membre de ce Corps“. Et cette présence-là, personne ne peut nous l’enlever ; elle est intérieure à nous-mêmes, comme à nos frères chrétiens.

Alors nous pouvons très bien travailler à la vitalité de ce Corps du Christ, dans notre confinement ; comment ? En prenant soin de chaque membre de son Corps, en s’inquiétant comme Jésus de leurs besoins les plus quotidiens : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » « Faites-les s’étendre ! » J’accroche bien à ce Dieu, proche de nous et de nos soucis quotidiens, à ce Dieu qui vient s’asseoir à notre table, mais aussi qui nous ouvre les yeux sur ceux qui ont la faim au ventre.

Il y a aussi d’autres faims à combler : de quoi nourrissons-nous ensemble notre esprit et notre cœur ? Partageons-nous, dans ce Corps entre nous, ce qui est beau, de ce qui est source d’enthousiasme ou bien sommes-nous sans cesse à ressasser ce qui ne va pas, ce qui fâche ? Reprenons les remarques simples de l’évangile, où Jésus nous dit que manger un poisson ou un serpent, ça n’est pas équivalent. Entre nous, mangeons “bio“, et “bio“, ça veut dire “ ce qui vit“ !...

Etre ensemble davantage le Corps du Christ où chacun prend soin des autres, pour que rayonne la présence vivante de Jésus dans notre monde : c’est la première piste.

Et voici la seconde : A partir du texte de l’évangile, j’ai envie de tenter un jeu de mots et de comprendre autrement : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Ce serait : “Donnez-leur à manger vous-mêmes”, c’est-à-dire devenez nourriture pour vos frères ; consacrez votre temps et vos initiatives à les nourrir, à combler leurs faims et leurs attentes. On voit bien alors comment cinq pains et deux poissons peuvent suffire pour lancer un mouvement que rien ne peut arrêter, s’il s’agit de se donner soi-même en nourriture pour que la foule entière puisse vivre.

D’ailleurs Jésus s’est impliqué dans ce partage ; il est le premier à s’être véritablement donné en nourriture : « Je suis le pain de vie… et ce pain que je vais donner, c’est ma chair pour la vie du monde ! » Jn 6,51. Il nous confie de continuer à nourrir son peuple : « Prenez et mangez-en tous … Faites ceci en mémoire de moi. » Lc 22,19. Devenir nourriture avec Jésus pour nos frères, entrer en partage avec tous, c’est la deuxième piste qui nous est possible aujourd’hui, et sans l’oublier demain, quand les choses seront redevenues plus simples. Ainsi, mise en perspective, on comprend mieux pourquoi Jésus a voulu se donner en nourriture. Il est celui qui veut combler les hommes par delà toutes leurs faims ; « qui mangera de ce pain vivra pour toujours ! » Jn 6,57.

Au centre de la prière que Jésus nous a laissée pour nous adresser à notre Père, il y a cette demande : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. » Ce n’est certes pas par hasard que cette demande est au centre, comme une charnière essentielle, indispensable : Elle nous rappelle que nous pouvons aussi être ce pain de vie pour nos frères. Belle tâche à metre en œuvre, avant de pouvoir ensemble le recevoir à nouveau.

Alain Patin

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