
A l’appel de mon syndicat, je me suis rendu lundi matin devant un lycée professionnel du 13ème arrondissement de Paris pour aller à la rencontre des jeunes et participer à leur protection si nécessaire, avec d’autres adultes. Un « aller vers » motivé par mon engagement syndical et aussi par l’attention de l’ACO et de la JOC aux futurs travailleuses et travailleurs.
La rue Croulebarbe est silencieuse et paisible ce 5 octobre 2026. Le chant des oiseaux accompagne les rares passants qui se rendent à leur travail. En approchant de la rue Corvisart, soudain, une rumeur enfle, des voix de jeunes, des appels, des rires et des slogans. Devant le lycée des arts graphiques Corvisart, une vingtaine de jeunes sont rassemblés. Ils ont dressé une barricade improvisée, juchés sur une poubelle jaune et protégés par des barrières métalliques. Ils brandissent des cartons avec des messages stylisés et colorés exprimant leurs revendications. L’un d’entre eux attire mon attention : « Pardon pour le dérangement, mais nous essayons de sauver notre avenir ». Devant la barricade, quelques adultes et d’autres jeunes sont présents. Le proviseur adjoint, un surveillant et quelques enseignants veillent sur leurs élèves. Les lycéens interpellent les passants, les autres élèves ou les enseignants qui vont et viennent.
« Nous nous mobilisons d’abord contre Parcoursup et aussi parce que nous sommes choqués de voir tous les lycéens qui ont été blessés par les policiers », explique une adolescente sur la barricade. Abdel accepte de répondre à mes questions – voir le podcast en vidéo – et donne des précisions sur les problèmes rencontrés par les élèves de son établissement. Il pointe notamment une cantine surchargée, un seul médecin scolaire pour deux lycées, une psy débordée et la difficile recherche de stages professionnels. Plusieurs jeunes viennent me demander pourquoi je suis venu à leur rencontre. Nous échangeons sur la nécessité d’un mouvement responsable et pacifique pour éviter la répression policière violente et les images dépréciatives des médias. Le jeune surveillant, par ailleurs étudiant, souligne que le lycée n’a pas été concerné depuis longtemps par un mouvement social. Les enseignants sont attentifs à leurs élèves. Camille, professeur d’histoire-géo, syndiquée à la CGT Educac’tion, va discuter avec l’un des jeunes qui a eu un échange vif avec un autre lycéen.
Je suis resté plus de deux heures auprès des jeunes et du personnel éducatif devant ce lycée parisien fréquenté par des élèves issus des diversités. J’en suis sorti avec la conviction que nous, adultes, avons un rôle à jouer auprès de ces jeunes. Et je garde en tête cette phrase prononcée par un des lycéens, après une longue discussion : « Mais alors, vous n’êtes pas contre nous ! ».
Jean-François Courtille



