ACO France - Action catholique ouvrière
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Opinion



Dans un monde en gestation

 

17 septembre 2020 par Secrétaire général

L’été s’installe et petit à petit on s’aperçoit que ce monde d’après, que certains voyaient porteur de tant de promesses, s’ouvre sur des défis majeurs à relever.

La période qui s’annonce semble plutôt être marquée par le retour d’une rapacité économique et par la régression sociale.
Dans notre pays un certain nombre de grandes entreprises profitent des circonstances pour réduire leur personnel. Sans être toutes en difficulté elles procèdent, pour certaines, à des ajustements financiers au détriment de leurs salariés.

Au-delà de ces grandes entreprises, c’est également toute une chaîne de
sous-traitance maillant notre territoire qui est mise à mal. Derrière les grandes marques de l’automobile, de l’aéronautique… ce sont les emplois de ces nombreuses petites entreprises que nous connaissons tous dans nos régions qui sont menacés. Dans ce contexte, des territoires se mobilisent. Des citoyens et des élus locaux s’engagent aux côtés des salariés.

Loin de répondre à ces attentes, le gouvernement promet déjà d’agir avec… la réforme des retraites. La perte de centaines de milliers d’emplois (près d’un demi-million d’emplois ont déjà été perdus en cette première partie de l’année) ne semble pas être un enjeu suffisamment important pour un État, pourtant actionnaire dans
une partie de ces grands groupes, aujourd’hui arc-bouté dans une posture
idéologique.

Une responsabilité citoyenne

À côté des enjeux sociaux, une autre réalité doit nous interpeller comme citoyen. Pour des raisons économiques notre pays est actuellement un des acteurs de la guerre qui se livre au Yémen, un conflit peu médiatisé qui a pourtant été qualifié de « pire catastrophe humanitaire au monde » par l’ONU. Cette guerre qui a déjà fait 230 000
morts a également favorisé la propagation, tour à tour, du choléra puis de la Covid-19. En toute opacité, la ministre des Armées a été auditionnée en juillet 2020 par la commission de la Défense nationale de l’Assemblée nationale, sur les ventes d’armements à l’Arabie Saoudite et aux Émirats Arabes Unis, pays engagés au Yémen dans l’opération ironiquement dénommée « Restaurer l’espoir ». Aucune organisation de défense des Droits de l’homme n’ayant pu y participer, l’implication de notre pays ne semble pas devoir nécessiter de débat. Dans le même moment, des soldats saoudiens sont formés à Commercy, dans la Meuse, sur un site mis à disposition par le ministère de la Défense.

Comment assumer notre responsabilité face à cette situation ? Comment, comme citoyen, être capable de refuser que, en notre nom, et uniquement pour des raisons économiques, notre pays se retrouve impliqué dans ce conflit ? Avons-nous encore la capacité de dire que l’on ne crée pas de l’emploi en semant la mort ?

Engagés dans ce monde, comme citoyens et comme croyants, nous devons aujourd’hui encore poser des actes qui témoignent de notre espérance.

« La création a été soumise au pouvoir du néant… pourtant, elle a gardé l’espérance
d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. » (Rm 8, 19-21) •

Sylvain Knittel

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Nos valeurs pour demain ?

 

16 juin 2020 par Sylvie, Secrétaire nationale communication

La crise sanitaire actuelle est inédite dans le monde et suscite un grand nombre de questions pour chacune et chacun d’entre nous. Nos vies, nos repères, nos habitudes ont été bouleversés, fragilisés par ce virus depuis le 17 mars. Le confinement, l’isolement, le travail autrement, le chômage partiel et la perte d’emploi pour certains nous incitent à penser différemment nos façons de « faire ensemble » afin de ne laisser personne de côté. Cette crise nous demande de sortir de notre tombeau tout comme Jésus l’a fait il y a 2000 ans. N’est-ce pas là la signification de Pâques ? Sortir vainqueur de la mort, ne pas rester dans un enfermement mais imaginer le « monde d’après ».

Alors oui, nous n’avons pas eu la possibilité de fêter Pâques dans nos paroisses mais nous avons trouvé comment célébrer la résurrection de Jésus. Chacun à son niveau a pu participer à cet élan de solidarité en créant des liens nouveaux de proximité, en proposant son aide dans le voisinage, en faisant don de tissu pour la confection de masques, en appelant régulièrement des personnes pour veiller à ce qu’elles se portent bien. Ces gestes de fraternité nous donnent des raisons d’espérer, de voir la lumière et de sortir de nos tombeaux.
Mais cette crise sanitaire révèle les dangers d’une obsession économique, d’une logique de productivité et amplifie les inégalités sociales. Ce besoin frénétique pour des actionnaires d’amasser toujours plus de profits, cette peur irrationnelle de manquer qui pousse certains à une surconsommation démesurée mettent en lumière les conséquences de notre modèle de développement. Des personnels soignants sont touchés de plein fouet par ce virus en voulant sauver des vies, des ouvriers qui n’ont pas d’autres choix que d’aller travailler pour nourrir leur famille se retrouvent malades, d’autres sont présents à leur poste de travail pour assurer notre quotidien mais se mettent en danger.
Demain, il sera nécessaire de repenser notre modèle de société, de corriger les enjeux néfastes du développement sur notre environnement, de mettre la vie au cœur de nos préoccupations plutôt que la compétitivité et la productivité. Au lendemain des élections municipales, des communes l’ont bien compris. Elles sont en première ligne pour apporter soutien, aide de proximité et réconfort pour les plus fragiles. Les actions et les chaînes de solidarité se mettent en place pour répondre aux besoins de première nécessité et pour que chacun puisse vivre au mieux ce confinement. Et tout ceci dans un contexte gouvernemental qui se perd dans des explications et informations souvent contradictoires, et des arguments défensifs pour pallier les manques de mesures efficaces destinées aux plus fragiles et aux plus précaires.
Aujourd’hui, il nous appartient de mettre en avant ces gestes de solidarité qui sont les signes pour construire notre bien commun de demain. Cette période difficile est peut-être une chance à saisir pour changer nos modes de vie, retrouver le sens de l’entraide, de l’attention à l’autre et vivre un monde plus juste et fraternel.

Réflexion

Dans sa lettre aux mouvements populaires, le Pape François nous interpelle.
• Cette situation exceptionnelle a-t-elle modifié nos façons de faire et d’être avec les autres ?
• Quels chemins de conversion avons-nous pu déceler en nous ou autour de nous ?
• Quels signes nouveaux pouvons-nous mettre en place individuellement et collectivement pour construire le bien commun de demain et un monde nouveau ?

Sylvie Mérigard

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Agir local, penser global… le retour ?

 

8 avril 2020 par International

Le printemps s’avance et ce qui bourgeonne dans la société mobilise encore les réflexions et les actions militantes.

Parmi les chemins empruntés, celui, électoral, des élections municipales est intéressant à plus d’un titre. Il nous rappelle qu’une politique s’enracine d’abord dans le local. Local ne signifie pas moins politique. Bien au contraire, car s’expriment sur
ce terrain des projets différents. Et les priorités n’auront pas la même inclinaison en direction du monde ouvrier et populaire selon l’orientation politique de ceux qui seront élus…

Maîtriser sa vie

Des militants ACO ont été parties prenantes de la campagne, mais aussi témoins de cette volonté de prendre sa place, de débattre et confronter des options différentes. Une aspiration à retrouver la maîtrise des choix influençant notre quotidien que l’on retrouve aussi dans nombre de mouvements sociaux de ces dernières années.

Des collectifs contre l’implantation de certains « grands projets inutiles » (par exemple l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou le projet Europa City) au
mouvement des « gilets jaunes », l’ancrage dans le local a marqué ces mobilisations. En investissant les ronds-points, les « gilets jaunes » ont symbolisé ce désir que l’action politique reprenne pieds dans des territoires dont les économies et les populations ont souvent été oubliées, voire méprisées des décideurs et des médias. Le récent mouvement social à propos de la réforme des retraites dit aussi quelque
chose de cette volonté de maîtriser le cours de sa vie actuelle et future.

Sur les ronds-points, dans la rue, par des actions symboliques, s’expriment
aussi le besoin de se retrouver et de retrouver goût à une certaine convivialité. S’affiche aussi le choix de se mobiliser ensemble et de chercher à faire
converger des actions diverses pour un avenir meilleur. N’est-ce pas là une réponse à ce système capitaliste financier dont les décisions apparaissent à bien des égards hors sol, déconnectées de la vie réelle, au service de quelques-uns et au détriment du plus grand nombre ?

Cultiver le débat

Au cœur de cette société divisée, fracturée, qui risque de se figer en archipels étrangers les uns aux autres (1), sans doute faut-il accueillir avec intérêt ces mobilisations et engagements divers, multiformes, contradictoires parfois. C’est sur ces lignes de fractures et au cœur de ce bouillonnement que les militants ACO entendent l’appel du Christ à jeter leurs flets.

Pas simple sans doute d’avancer dans les eaux profondes de la complexité d’aujourd’hui. Il faut un courage certain et une foi certaine pour oser partir à l’aventure et se mettre à l’écoute de ce qui vit, de ce qui souffre, de ce qui
espère. C’est à partir de cet ancrage humain, de ce qui se vit au plus près du
quotidien de chacune et de chacun et sans faire l’économie du débat (2) que
peut se dégager un horizon commun.

Agir local, penser global disait un slogan il y a quelques années, pour souligner une dynamique d’agir fondamentale : ce que nous faisons ici s’inscrit
dans un horizon plus vaste.

•Bruno Cadez

(1) L’idée d’une nation divisée et reprenant l’image d’un archipel d’îles s’ignorant les unes des autres est le thème du livre de Jérôme Fourquet, « L’archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée » (Seuil)
(2) La culture du débat en ACO est un des axes d’une démarche engagée par le Conseil national sur l’avenir et l’organisation du mouvement. Voir Témoignage n°593, p. 24.

Réfléchir ensemble
•Quels engagements locaux (élections municipales, mouvements sociaux,
actions citoyennes…) ai-je repéré autour de moi, dans ma commune,
ma région, mon entreprise ? Suis-je moi-même engagé localement ?
•Quel regard de croyant je porte sur cette diversité d’actions ?
•Que me fait dire le slogan « Agir local, penser global ? »



 


Quel avenir pour le travail ?

 

29 juillet 2019 2019 par International

Depuis plusieurs mois, l’emploi est de nouveau dans des zones de fortes turbulences sur le territoire français.

En Aveyron, toute une population se mobilise face aux menaces qui pèsent sur l’usine Bosch de Rodez (cette usine fabrique des bougies et des injecteurs diésel). 1500 emplois en danger. Poursuivons. Bien qu’ayant bénéficié des largesses sonnantes et trébuchantes du CICE (1), le groupe Auchan envisage lui de fermer 21 de ses sites. 700 à 800 salariés sont sur la sellette. L’industrie sucrière française est également dans la tourmente. Conséquence des jeux spéculatifs mondiaux (mais aussi du peu d’empressement de l’Union européenne pour protéger les producteurs du continent), plusieurs usines sont en péril (et là aussi avec des centaines d’emplois en jeu) dans plusieurs régions françaises (Alsace, Picardie, Centre, Auvergne, notamment). Et sitôt le lendemain de l’élection européenne, on apprenait que Général Electric s’apprête à sacrifier 1000 emplois, sur son site de Belfort, après l’avoir racheté à Alstom il y a à peine 5 ans.

« Culture du déchet »

« Mauvaises nouvelles », comme on l’entend souvent ? Ou plutôt symptôme d’une logique, d’un système – le capitalisme - qui transforme les humains en machines à produire et qui s’en débarrasse une fois qu’il n’y a plus de jus à presser ou quand il s’agit d’aller en presser ailleurs ? On ne peut s’empêcher de penser à cette « culture du déchet », si justement dénoncée par le pape François dans Laudato Si.
L’actualité récente le souligne, donc : le monde du travail est une fois encore malmené en raison de choix qui privilégient la finance contre l’emploi. Quel avenir pour le travail dans ce contexte ? Alors que le mouvement des gilets jaunes de ces derniers mois a témoigné du refus des plus humbles de ne pas être les laissés pour compte des crises sociales, économiques, environnementales, l’heure n’est-elle pas à permettre à chacune et chacun d’être partie prenante des choix politiques et économiques ? De pouvoir décider de ce qui doit être produit, dans quelles conditions sociales et environnementales ? Avoir un emploi, c’est bien sûr une source de revenus, mais c’est aussi pouvoir contribuer au bien commun, participer à la société, s’épanouir. Le droit au travail est donc essentiel pour l’édification de son humanité.

Vivifiés par l’Esprit

C’est dans cet esprit que l’ACO essaye, avec d’autres (la JOC, la Mission ouvrière, la Mission de la Mer notamment) de mobiliser à l’occasion de la journée mondiale pour un travail décent, chaque année, le 7 octobre. Nous voulons « être une ACO qui donne la parole, rend visible et qui soutient les travailleurs en lutte pour le maintien ou le développement d’un travail digne » lit-on dans la résolution adoptée l’an dernier à la Rencontre nationale de Saint-Etienne (« Avance au large, jetez vos filets », cf. Témoignage n°585). En cette période de Pentecôte, nous sommes invités à vivifier en nous et autour de nous l’Esprit reçu. Peut-être s’agit-il, pour les chrétiens engagés en monde ouvrier et populaire, de marquer, à la manière de Jésus, une présence et une ouverture plus que jamais renforcée auprès de ceux que les vents dominants du monde tendent à exclure et précariser.

(1) Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi. Auchan a bénéficié de 500 millions d’euros de ces exonérations en 2018.
Réfléchir ensemble
A quelles réalités du monde du travail sommes-nous confrontés aujourd’hui ? Pour nous-mêmes, dans nos familles, nos amis ?
A quelles analyses nous référons-nous pour comprendre les évolutions de l’emploi et du travail ?
Le droit à un travail digne : qu’en disons-nous ?

Bruno Cadez, le 29 mai 2019

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« Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle » Ap 21,1

 

20 février 2019 2019 par Catherine, Publications ACO

La fin d’un monde

Nous vivons dans un monde fracturé où on peine à se parler. Chacun s’isole selon où il habite, sa religion, sa situation sociale, financière, les « accidents » de la vie. Ce monde est marqué par des comportements individualistes qui peuvent nuire aux engagements collectifs. Les équilibres politiques sont fragilisés. L’évolution technique, numérique, scientifique est d’une rapidité incroyable. Tout cela peut générer de la peur !
Face à cela, une réponse : la consommation à outrance entretenue par un système capitaliste bien en place. Tout devient produit et chacun désire un produit. La religion peut en être un que je m’approprie au détriment d’une vie d’Église. L’ACO peut être un produit, « mon ACO » mais au détriment d’une intelligence collective et d’une ouverture à des possibles…

Naissance d’un nouveau monde

L’histoire de l’humanité est marquée par des changements. Aujourd’hui, nous voyons poindre la fin d’un monde lié aux matières premières rares et bon marché, qui ont permis à l’Occident de se développer aux dépens d’autres continents ; C’est aussi la fin d’un monde religieux où l’Église catholique était très présente, où les mouvements étaient florissants. Fin d’un monde ?

Parmi tous les mouvements sociaux, nous assistons à une jacquerie 2.0… les gilets jaunes. Nous découvrons l’impact incroyable des réseaux sociaux. Nous observons de nouvelles manières de crier la souffrance, de revendiquer une vie digne. C’est difficile de se dire que oui, ils inventent demain, mais peut-être pas comme nous l’aurions imaginé ! Cela nous dérange aux entournures ! Et pourtant…
Gilles, membre ACO, engagé politique et syndical, a rencontré des gilets jaunes. Il a vu des camarades de la CGT, de la CFDT… « On a quelque chose à gagner ensemble. C’est noir aujourd’hui mais il y a de la lumière, là-bas…. Le débat, l’échange, obligent à sortir de ses gonds. »
L’action des prophètes, hier et aujourd’hui n’est –elle pas de capter et faire résonner les cris, les appels au secours ? Je pense à Moïse, son peuple opprimé, en quête de liberté et d’alliance ; peuple qui crie car il espère en Dieu qui tiendra promesse.

« Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? » Is 43,19

A l’orée d’un monde nouveau avec ce qui naît et ce qui disparaît, des ruptures de civilisations, de modes de vie et d’action… nous croyons que l’humanité est une, que les personnes peuvent se parler, envisager un avenir ensemble.
Saurons-nous déceler les germes du monde nouveau, du Royaume que Dieu construit avec nous ?
« Des graines sont semées dans l’esprit des gens, on ne sait pas ce que cela va donner et quels seront les fruits… les personnes ne seront plus comme avant car il y a quelque chose de vécu ensemble. » dit Brigitte à propos des gilets jaunes

Dans ce chahut, où crèches-tu Jésus ? Toi petit enfant qui préfigure la lumière de Pâques, le temps de l’humanité renouvelée ; toi l’Emmanuel, travailleur manuel, Dieu fait homme, tu continues de nous créer, tu nous ouvres un à-venir.

Que ce temps qui arrive, cette nouvelle année, soit pour chacun(e) un temps qui espère, un temps qui renouvelle.

Catherine Baudier
Le 17 décembre 2018



 


Ouvrir les yeux

 

4 janvier 2019 2019 par Sylvie, Secrétaire nationale communication

La rentrée est déjà bien amorcée avec son lot de réformes qui se profilent et de projets individuels ou collectifs. La pause estivale est déjà loin et l’actualité nous rattrape, nous installe dans un quotidien qui nous renvoie des réalités de vie où se mêlent interrogations, peur du lendemain et une recherche incessante de sens et d’apaisement.

Quelle place pouvons-nous trouver aujourd’hui dans la société quand nous avons toujours ce même refrain qui résonne depuis plus d’un an maintenant ? Du « Gaulois réfractaire » à « il suffit de traverser la rue pour trouver un emploi » en passant par des « gens qui ne sont rien », en opposition avec « ceux qui réussissent » sans oublier « le pognon de dingue » que la France dépense pour les minima sociaux, nous sommes face à une indifférence totale à la pauvreté et aux inégalités sociales. Ce nouveau gouvernement récemment installé arrivera-t-il à faire oublier ces paroles maladroites et choquantes ? Les réformes annoncées sur la retraite, l’assurance chômage, l’hôpital et la santé, la Fonction publique devraient permettre aux plus fragiles et aux plus démunis des germes d’espoir, des prises en compte. Pourtant, rien de concret ne se profile à l’horizon au vu des nombreuses manifestations qui sont organisées depuis des mois.
Cette rentrée nous annonce également des réalités dévastatrices ou en passe de le devenir. Les récentes inondations en France et dans le monde, les canicules meurtrières, les ouragans et tempêtes de plus en plus violents nous démontrent qu’il faut réagir… et réagir au plus vite ! Outre les dommages matériels que cela engendre, il faut ajouter la douleur liée aux victimes et à leurs familles, l’immense détresse d’avoir tout perdu et de devoir reconstruire. Est-ce là le présage du réchauffement climatique ? Le rapport du GIEC alerte sur les conséquences dramatiques si nous ne modifions pas nos comportements au niveau individuel mais c’est aussi une responsabilité politique et économique.

Et demain ?

A la veille des élections européennes, des enjeux se profilent au niveau politique sur la montée du populisme et l’apparition de mouvements de haine en France et dans le monde entier pour ne citer que le Brésil, l’Italie ou l’Allemagne. Il n’y a plus aucune limite et c’est maintenant à découvert que ces partis multiplient leurs actes et leurs messages xénophobes.
Mais l’espérance s’invite toujours, des engagements citoyens et les mobilisations massives de cette rentrée nous apportent ces graines d’espoir. Elles font bouger les choses : la marche pour le climat, les étudiants, les manifestations contre les violences sexistes, les retraités… Elles alertent sur l’état de notre monde et nous montrent la volonté de vouloir changer les choses.
Ayons toujours à l’esprit que nous ne sommes pas seuls dans ces combats et ces engagements. Où crèches-tu Jésus ? Tel est le message de Noël. Et en cherchant bien, nous pouvons le trouver dans notre quotidien, notre vie. Laissons-lui une place pour nous accompagner.

Sylvie Mérigard

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Rentrer, repartir, s’engager

 

13 novembre 2018 2018 par International

Inégalités sociales grandissantes, épisodes météo “extrêmes”…. Plus que jamais, nous sommes appelés à nous engager pour rendre notre Terre habitable par tous.}

Septembre. Mois de rentrée et de reprise a-t-on pour coutume de dire et d’écrire. Mais derrière la routine des mots, peut-être pouvons-nous aussi entendre un appel, un désir de repartir, de recommencer. Non pas pour continuer la même chose, mais pour faire du neuf, s’ouvrir aux défis, à la nouveauté. Un peu comme l’enfant qui découvre sa nouvelle classe, de nouveaux copains et copines, un nouvel ou une nouvelle enseignante. Faire du neuf… Il y a à peine quelques mois, la Rencontre nationale de l’ACO nous lançait d’ailleurs cette invitation : « Inventons demain ». Les membres de notre mouvement n’entendent en effet pas demeurer spectateurs face aux évolutions d’un monde traversé par des crises multiples, et dont on peut constater qu’elles laissent sur le bas-côté les plus vulnérables. Ceci alors que 1 % des plus riches ont empoché 82 % des richesses créés en 2017, comme le rappelait le rapport Oxfam en début d’année. Ce même rapport pointait comme cause première de cette progression des inégalités : le choix de maximiser les dividendes des actionnaires tout en réduisant les dépenses liées aux rémunérations du travail et à la réponse aux besoins sociaux. Dans la fournaise caniculaire de l’été, nous apprenions d’ailleurs que les dividendes mondiaux atteignaient des records (près de 500 milliards de dollars) et notamment en France.

Crise environnementale, crise sociale

Les épisodes caniculaires de cet été - dont les spécialistes estiment qu’ils risquent d’être de plus en fréquents et intenses, de même que les autres épisodes météo “extrême“ du fait du réchauffement climatique - montrent aussi l’urgence de sortir d’une logique économique de production et d’accumulation insensée, qui ne tient pas compte des hommes et de son environnement. Déjà, on voit que les conséquences de ce réchauffement touchent d’abord les populations les plus pauvres et plus fragiles, celles qui n’ont pas les moyens d’y faire face.
Pour autant, si toutes ces crises (économiques, environnementales, migratoires…) inquiètent, elles sont aussi sources de prises de conscience. Des hommes et des femmes cherchent des solutions pour produire et consommer autrement. Des nouvelles formes de mobilisations, à l’exemple d’Alternatiba , popularisent d’autres modes de vie, plus sobres et surtout plus solidaires que ceux imposés par le modèle dominant. Au sein des organisations syndicales, politiques issues du mouvement ouvrier aussi se cherchent des voies nouvelles pour transformer la société vers un monde plus juste, plus fraternel. Un livre paru l’an dernier, Plaidoyer pour un nouvel engagement chrétien , rédigé par trois jeunes chercheurs invitait à explorer trois voies d’engagement : se libérer de l’emprise des logiques financières, préserver la planète pour une Terre habitable pour tous et développer une politique de l’hospitalité. Quelques idées qui entrent certainement en résonance avec le choix de l’ACO de permettre à chacun « d’être acteur de sa vie, dans le monde » comme le suggère la résolution de notre RN, Avance au large et jetez vos filets.

Bruno Cadez
Le 23 août 2018

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Votre RN commence demain !

 

23 juillet 2018 2018 par Catherine, Publications ACO

Ainsi nous interpelait Joaquim,
membre du MTCE, pendant la
Rencontre nationale (RN)…
comme un envoi !}

L’espérance s’invite, accueillons-la

Nos différences valent plus que tout l’or du monde. Voici ce qui ressort des initiatives vécues avec les personnes, les travailleurs en situations de précarité, de fragilité. Avec tous les oubliés tissons nos solidarités ! L’espérance s’invite !
L’ACO n’a pas les deux pieds dans le même sabot… Les initiatives multiples et variées du Forum des possibles le prouvent. Donner la parole aux plus petits est route d’Évangile, soutenir des travailleurs dans leur action collective est chemin de transformation sociale… nous le croyons. L’espérance s’invite !
Le travail décent, c’est possible ! Des militants du monde entier se mettent en route, au Nicaragua contre la loi retraite, les camionneurs au Brésil, les travailleurs chinois pour obtenir les droits fondamentaux. L’espérance s’invite !
Un monde plus juste est possible ! L’actualité sociale et politique a suscité la prise de parole via les motions. L’espérance s’invite !
Adaptation, invention, création… nous en sommes capables en termes de responsabilité et d’accompagnement, face aux contraintes et besoins nouveaux. L’espérance s’invite !
L’espérance nous donne le goût et la joie de croire, d’inventer, de recommencer, de faire le pas de l’improbable.

Ensemble, inventons demain

Le chômage de longue durée et les emplois précaires ne cessent d’augmenter ; trouver un logement pour les personnes en situation de handicap va devenir parcours du combattant… Face aux logiques actuelles, avec les oubliés du système, nous voulons :
Prendre soin des ’petites gens’, de ceux que la société depuis trop longtemps dédaigne, à qui elle donne quelques sous pour compenser la misère, l’exclusion… sans aucune humanité, ni désir de les voir vivre debout. Leur dignité ne doit pas être bafouée.
Prendre soin des travailleurs d’ici et là-bas, qui cherchent du boulot, subissent le boulot, s’épanouissent au boulot, luttent au boulot… Les membres de l’ACO, sensibles et engagés autour de ces questions, se mobiliseront le 7 octobre, avec les travailleurs du monde entier, pour un travail décent.
Prendre soin des migrants sur leur chemin d’intégration. Plusieurs délégués étaient issus de l’immigration. L’ACO veut inventer demain avec eux.
Prendre soin des copains de nos cartes de relations, des copains les plus jeunes ou les plus âgés, de ceux qui ont peur de voir évoluer le Mouvement… Prendre soin également des petites réalités de l’ACO, des équipes en difficulté, vivre la solidarité. Inventons l’ACO de demain !
Lorsqu’on est attentif aux autres, c’est bon et vivifiant pour tout le monde !
Que l’amour que Dieu nous offre, soit l’espérance qui nous anime, nous envoie vers les autres, soit le fondement de nos engagements, de nos actions, de notre joie !

« Lève-toi, avance, ne perds pas courage !
Tiens bon, tu n’es pas tout seul !
Avec d’autres, tisse le filet des solidarités et d’une vie en abondance !
L’espérance s’invite au cœur de nos vies, dès aujourd’hui inventons demain ! »

Catherine Baudier

Opinion 585


 


Un printemps fleuri et pourtant...

 

20 juillet 2018 2018 par Sylvie, Secrétaire nationale communication

Nous avons vécu les fêtes de Pâques et la résurrection de Jésus, tout renaît à nouveau, il y a de la vie dans les rues, dans les jardins.

Aujourd’hui est un beau jour, le ciel est parfaitement bleu, la nature nous offre des scènes de couleurs et de senteurs. Les oiseaux m’accompagnent de leur mélodie, le lilas commence à sortir timidement, mon jardin est fin prêt pour accueillir de belles soirées entre amis ou des moments de convivialités autour d’un barbecue. Oui, vraiment, c’est un beau jour, les fleurs poussent : tulipes, violettes, les premières roses et le muguet.

Des fondamentaux en question

Le brin de muguet symbolise l’amour et le bonheur retrouvé mais aussi la fête du travail. Quel étrange paradoxe pourtant. Avec la situation, aujourd’hui je ne m’autorise pas à fêter le travail, mais à le revendiquer haut et fort pour lui donner du sens et retrouver de la dignité. Aujourd’hui, il est plus souvent associé à des réalités bien tristes qui nous conduisent à sortir dans la rue pour revendiquer des droits, lutter contre les inégalités, les manques de moyens, les pressions. Le démantèlement des services publics, les désorganisations qui fragilisent considérablement les hôpitaux, les maisons de retraite, les réformes dans l’Éducation nationale et les ordonnances à tout prix, nous amènent à sortir dans la rue, à dire notre colère, à l’exprimer et à défendre nos droits, nos valeurs, nos acquis. Mais quelle violence ! Nous voyons partout des scènes hors du temps, disproportionnées, la moindre manifestation est contrée par les forces de l’ordre, qui doivent mettre de l’ordre justement à coup de lacrymogène, d’autorité musclée. Il y a une volonté de détruire, de casser, de mettre ceux qui osent crier leur colère hors-jeux, de monter les gens les uns contre les autres. L’expression individuelle et collective est réprimée et donc menacée.

Où va-t-on ?

Même si aujourd’hui est un beau jour, quel sens donne-t-on à la vie ? Quelles valeurs voulons-nous transmettre à nos enfants ? Quand le simple citoyen qui aide un réfugié est condamné ; quand les associations qui portent secours sont mises à mal ; quand des femmes et des hommes sont purement délogés avec force de leurs lieux de vie. Quelle société voulons-nous construire ? Quel bonheur voulons-nous retrouver demain ? La société aujourd’hui n’est pas l’affaire que d’un seul homme. Nous en sommes également responsables et nous le montrons bien dans nos différents engagements. Et oui, nous sommes bien chrétiens et déjà engagés pour que la solidarité, la dignité et la bienveillance soient toujours plus fortes. Nous pourrons le redire et le réaffirmer tous ensembles lors de notre Rencontre nationale à Saint-Étienne au moment de la Pentecôte. Nous allons recevoir l’Esprit de Dieu qui nous confortera dans une foi toujours plus vivante au service des autres. Qu’elle rende nos journées toujours belles, nos actes féconds et productifs pour le bien de tous. L’espérance s’invite, nous la ferons jaillir ! Inventons demain, pour créer des solutions et faire face aux défis qui s’imposent, pour que notre mouvement soit toujours source de joie et d’émancipation individuelle et collective.

Sylvie Mérigard



 


Arrête-toi et regarde

 

23 avril 2018 2018 par Témoignage ACO

C’est comme si une année nouvelle s’ouvrait. Il est vraiment ressuscité, alléluia ! L’espérance s’invite, témoignons-en.

Arrête-toi, regarde et reviens ! Recommandation du Pape François, dans l’homélie du mercredi des cendres pour ce Carême. Période privilégiée pour prendre le temps, « Laisser cette agitation et cette course insensée ». J’ai lu ce texte mais je n’ai pas réussi à le mettre en application. 40 jours seulement… et je n’y arrive pas. Non pas parce que nous préparons la Rencontre nationale de St-Étienne, ni depuis que je suis au Secrétariat national. Non, vivre le Carême sur un autre rythme, je crois bien que ça ne m’est jamais arrivé. Certaines années, j’ai été plus attentive à ceux qui m’entouraient mais je crois que jamais je n’ai vécu pleinement une conversion me permettant d’accueillir « un cœur nouveau, un esprit nouveau ». Est-ce le rythme de la région parisienne ? L’injonction à tout vivre en accéléré pour être et rester en mouvement ? Signe d’une foi routinière ?

Mémoire vivante

Quoi qu’il en soit, il est bon d’avoir des rendez-vous réguliers qui nous remémorent, nous rappellent, ravivent la force de la foi et de l’espérance. Un arrêt, même petit, avec ou sans chocolat, permet de revenir vers le Père, les fondements, la source que l’on reconnaît, qui nous inspirent, et qui portent nos convictions. Nous croyons au Christ ressuscité, sauveur du monde, vainqueur de la mort, présent dans nos vies, nos rencontres, nos galères, nos lâchetés, nos combats petits ou grands. La confiance et l’amour qu’il nous donne, et que nous faisons nôtres, sont renouvelés. Et, qui sait, peut-être l’arrêt qui permettra de se mettre à l’écoute sur un autre rythme…

Ébullition sociale

Car bien des rendez-vous s’annoncent : les états généraux de la bioéthique, des migrations, synode des jeunes, anniversaire de Mai 68… Des rendez-vous auxquels prendre part selon sa sensibilité, pour échanger, s’informer, débattre, cerner l’essentiel, discerner le bien commun, relire la transmission, l’héritage ; permettre que du neuf émerge dans le respect du vieux, que des choses naissent. Plusieurs conflits sociaux sont en cours : retraités, EHPAD, fonctionnaires, SNCF, Air France, universités… Il est difficile aujourd’hui d’appréhender les questions et revendications portées. Se faire une opinion circonstanciée et documentée demande du temps et une certaine exigence. Or, lorsque tout va vite et qu’un sujet chasse l’autre, la tentation est de rester en dehors ou en surface. J’ai le sentiment que pour le conflit à la SNCF, plutôt qu’un rapport de force entre direction, État et syndicats, tout se joue sur l’opinion publique. De quel côté les usagers (ou même pas) vont-ils pencher ? Va-t-on aller au fond de ce qui se joue : la qualité du service de transport, des moyens et infrastructures, les conditions de travail de tous les acteurs, la régulation du marché désormais ouvert ? Tous les services publics sont aujourd’hui touchés, des orientations ont été prises ; usagers, nous subissons les conséquences, nous entrevoyons les impasses. Comment s’adapter et influer sur ce monde toujours en mouvement ? Quelle société, quel monde voulons-nous ? En ce printemps timide, où les averses et les éclaircies se font la course, sachons agir pour un juste partage des richesses qui profite à tous.

Elisabeth Peralta



 


Espérance, confiance et courage

 

20 février 2018 2018 par Pascal Fouque

Ce siècle leur appartient.

Au cours de cette année, les enfants de l’an 2000 auront 18 ans et seront majeurs. Après l’enfance et l’adolescence, ils entrent dans l’âge ’adulte’. Ils vont prolonger leur formation humaine, professionnelle, citoyenne et spirituelle… et accéder peu à peu à leur autonomie. Ce siècle sera le leur ! Nous sommes appelés à leur passer le témoin en écrivant ensemble de nouvelles pages de notre histoire. Les défis qui les attendent sont nombreux. Justice et paix ne suivent pas systématiquement la courbe du progrès technique et du développement. Si de notables progrès ont été faits, ils exigent engagement, réflexions, débats. Nous devons les aborder avec espérance, confiance et courage.

Les leçons du passé

Le courage, nous pouvons le puiser dans les leçons du passé. Les anniversaires de 1918 et de Mai 68 seront l’occasion d’un retour sur notre histoire. Pour ma part, je suis curieux des principes qui ont émergé suite aux drames du 20e siècle. Les représentants de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui vit le jour en 1919, adoptèrent à l’unanimité la déclaration de Philadelphie en 1944. Cette déclaration traduit la primauté de la justice sociale, indispensable à une paix durable. Toute politique économique et sociale des États membres de l’OIT doit servir cet objectif. Nous avons pu constater l’efficacité de ce principe quand il prévalut à la construction de la protection sociale. N’hésitons pas à cultiver ces valeurs, fruits de notre histoire.

Une confiance partagée

Faire confiance, c’est faire crédit à la vie… Partageons-le avec les plus jeunes. Ils sont sûrement mieux armés que nous pour vivre la dimension planétaire. L’interdépendance des individus est croissante et elle nous oblige à intégrer nos combats à cette échelle. Les 1 % les plus fortunés posséderont bientôt plus de la moitié de la richesse mondiale (source Oxfam). Aucun mérite individuel ne peut justifier cela. Si l’affirmation de l’individu a pris plus de place, chacun revendique le respect. Mais ce respect, je le crois, doit être ajusté au respect de l’autre ; celui sans lequel je ne peux ni exister ni réussir véritablement. Son travail, les conditions de celui-ci, sont aussi de ma responsabilité. N’hésitons pas à tisser des solidarités pour aboutir à la justice sociale et au partage des richesses.

L’Espérance s’invite, inventons demain

Voici le slogan de notre prochaine Rencontre nationale. L’Espérance s’invite, nous sommes libres de l’accueillir ou non. Si nous acceptons de la dénicher au cœur de nos révisions de vies, dans les combats pour la liberté et contre ce qui nous écrase ; si nous lui faisons toute sa place, il faudra ’bouger’ ! Nous ouvrir à des solidarités nouvelles, stimuler nos communautés dans le sens de la fraternité, et de l’hospitalité… L’Espérance ouvre la brèche d’un demain possible. Les disciples de Jean le Baptiste cherchaient un maître, un messie. Ils rencontrent Jésus qui les invite à venir à Lui, pour goûter à sa Parole, à son amitié, et agir avec Lui. Cette Espérance ne s’est pas close au matin de Pâques ! Au contraire… N’hésitons pas à répondre à son appel, avec Lui inventons nos demains !

Pascal Fouque



 


Comme un goût de mépris

 

7 décembre 2017 2017 par International

C’est en cheminant que l’on réfléchit bien souvent.

Lorsque l’on marche dans nos villes, il y a des détails qui peuvent paraître anodins mais qui expriment à eux seuls la réalité de notre société. En sortant du siège de notre mouvement, je descends souvent une avenue où un certain nombre de sans-abris ont élu domicile et s’abritent des intempéries auprès d’immeubles. Sans doute cette situation déplait-elle puisque certains de ces recoins, qui avaient l’habitude de recevoir ces sans-abris, se sont soudain vu agrémentés d’énormes bacs emplis de… cactus. Cette belle image de l’accueil qu’exprime cet édifice, hébergeant une école de journalisme, est finalement toute symbolique d’une vision de la société basée sur le mépris d’un certain milieu social favorisé, enfermé sur lui-même.

Des paroles qui piquent

Comment ne pas faire le lien entre mes pauvres cactus et certaines paroles exprimées ces derniers temps par des responsables politiques (président, secrétaire d’État, président de région). Sous couvert d’un soi-disant parler vrai, un véritable mépris de classe s’est exprimé : accusant certains d’êtres des fainéants, d’autres de profiter de deux ans de vacances au lieu de chercher du travail… Loin d’être anecdotiques, ces paroles expriment toute une vision du monde portée par des personnes issues d’une même ’caste’, rassemblant pouvoir politique et pouvoir financier.
Pour justifier cette vision, on tendrait presque à ne légitimer la réussite que par le mérite personnel. « La méritocratie fascine beaucoup parce qu’elle utilise un beau mot : le mérite ; mais comme elle l’instrumentalise et qu’elle l’utilise de manière idéologique, elle le dénature et le pervertit. La méritocratie, au-delà de la bonne foi des nombreuses personnes qui l’invoquent, est en train de devenir une légitimation éthique de l’inégalité. Le nouveau capitalisme à travers la méritocratie donne une apparence morale à l’inégalité » (Pape François, rencontre du monde du travail, Gênes, 27 mai 2017).

Une mémoire pour s’émanciper

Lorsque vous recevrez ce numéro de Témoignage, les commémorations de la Révolution d’Octobre 17 auront eu lieu. Quelle que soit notre lecture de cet événement historique, il est frappant de constater à quel point cette date fut le déclencheur de luttes émancipatrices, porteuses d’universel, loin du repli sur soi social, religieux ou identitaire. Aujourd’hui, cent ans après, et malgré l’échec du système soviétique, il est sûrement bon de vouloir révolutionner notre société. Alors que la classe ouvrière (ouvriers et employés), c’est 60% de la population active, elle ne représente que 3% des députés, tout juste un peu plus chez les maires… Il devient plus que jamais nécessaire que les classes populaires soient des ’semeuses de changement’. Comme le dit encore François : « Vous, les organisations des exclus et tant d’autres organisations d’autres secteurs de la société, vous êtes appelés à revitaliser, à refonder les démocraties qui traversent une véritable crise. »
Et notre ACO dans tout cela ? A nous de la mettre au service, aujourd’hui, de ce demain en gestation. Permettons aux femmes et aux hommes de la classe ouvrière de reprendre possession de leur parole, d’être acteurs de leur dignité.

Sylvain Knittel

Opinion 581


 


C’est la rentrée !

 

22 septembre 2017 2017 par Témoignage ACO

L’été a été chaud mais aussi pluvieux par endroits. Sur le plan social, plusieurs annonces gouvernementales nous ont douchés et les ordonnances pourtant ’négociées’, déçoivent et inquiètent.

Que vous ayez des enfants scolarisés ou pas, que vous ayez pu ou pas prendre des vacances, même si vous n’avez pas bougé, rien changé, c’est la rentrée. C’est le début d’une nouvelle année sans cotillons, ni bons vœux mais avec de petits ou grands changements (de rythme, d’emploi du temps, d’activité…), des inscriptions, des démarrages ou juste de nouveaux programmes radio et télé.

Politique et sociale

La rentrée sociale, quelle sera-t-elle ? Après un printemps qui a fait la part belle au changement, au renouvellement, au chamboulement… et qui nous a plus ou moins laissés dans l’expectative, le flou ou l’inquiétude, le début de l’été a été marqué par la mise au travail du nouveau président et de la nouvelle Assemblée. Ils veulent des ’transformations profondes’ et les premières annonces ne se sont pas faites attendre : baisse des charges salariales et patronales, des allocations logement, hausse de la CSG, gel des contrats aidés…
Il y en a eu beaucoup. Cette nouvelle mandature se confronte maintenant à la réalité. Les mesures décidées ont des conséquences. Quel en est l’objectif premier : trouver où faire des économies pour revenir à l’équilibre budgétaire des comptes de la nation ou garantir et faire appliquer les droits inhérents à tout citoyen, à tous les hommes et particulièrement ceux qui vivent des situations de précarité, de fragilité ?
« La France est irréformable », dit-on. Faut-il s’étonner que des décisions accentuant les difficultés de personnes ou d’organismes déjà fragiles, sans transition ni accompagnement, provoquent des réactions contestataires ?
Pour les migrants en revanche, toujours pas de rentrée, ni ici, ni chez eux ; pas d’évolution, la situation du plus grand nombre et le traitement de leur sort par les puissances publiques restent indignes. Malgré la condamnation du Conseil d’État (1), malgré le nouvel appel du Pape (2) à ce que l’humain passe avant toute autre considération, leur sort indiffère, divise, effraie, révulse, scandalise, émeut, provoque… mais n’est pas humainement traité.
Pour beaucoup d’entre nous il faut que ça change et vite, mais pas n’importe comment et en faisant plus de mal que de bien. Cette rentrée appelle au questionnement, au discernement, à la veille et à l’action.

Avant la RN

C’est une année de Rencontre nationale (RN) pour l’ACO. Du 19 au 21 mai 2018, des délégués de toute la France se retrouveront à St-Étienne pour décider de l’avenir du mouvement. D’ici là, un peu de travail s’annonce. Nous attendons avec impatience vos contributions pour le Rapport d’activité. Le Conseil national élabore le programme et les moyens. Les délégations se constituent et vont se préparer. Sans parler des copains de St-Étienne qui sont déjà bien dans le sujet. Nous avons rendez-vous là-bas, pas loin de Rive-de-Gier, pour vivre un temps fort, relire nos actes d’apôtres, travailler ensemble à façonner l’avenir et partager des moments de joie et de bonheur. Nous sommes tous appelés à apporter quelque chose. Bon travail !

Élisabeth Peralta

1. Le 31 juillet 2017, injonction pour le gouvernement et la ville de Calais (centres d’accueil et fontaines).
2. Message pour la 104e Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié du 15/08/2017.

Opinion 580


 


Sur la route d’Angers à St-Etienne

 

24 août 2017 2017

« Les personnes, les travailleurs en situation de précarité, de fragilité, sont au cœur du projet missionnaire de l’ACO »

Votée à la Rencontre nationale* d’Angers en 2014, dans la fidélité au projet de l’ACO et dans l’esprit des résolutions votées à Poitiers, cette Priorité* nous accompagne depuis 3 ans. Elle est devenue le leitmotiv de tout ce qui fait la vie du mouvement. Elle est, à la fois, souffle de vie militante, outil de relecture de nos initiatives et incitation à agir pour oser l’espérance.

Comme un souffle

Après un temps d’appropriation, avec des temps de formation pour une bonne compréhension, cette Priorité oriente nos initiatives. Elle donne de la force à nos invitations, nous incite à rejoindre encore davantage les copains. Elle a généré et coloré les contenus des temps forts. Rapidement, elle nous a posé la question, non seulement du ’faire ensemble’, mais principalement du « Comment bien vivre ensemble en société ? ». Question posée parce qu’elle nous place au cœur même de la vie de ce monde. Monde fragilisé par ses violences extrêmes, ses multiples meurtrissures, ses droits bafoués, mais aussi par la montée des idées xénophobes. Monde en pleine mutation dans notre vie quotidienne, vie familiale, vie professionnelle qui impacte la classe ouvrière.
Elle se vit par notre implication dans l’accueil des migrants, dans notre proximité avec les personnes des quartiers populaires, des plus petits, des sans voix, en les écoutant et en leur donnant la parole, en les accompagnant dans l’action pour les amener à faire respecter leurs droits et leur dignité. Elle nous invite à poser un regard différent sur notre vie associative, sur le monde du travail, sur l’action syndicale.
La Priorité a créé tout un dynamisme dans le mouvement et au-delà, puisque même dans l’international elle a guidé nos travaux et nos prises de position dans les séminaires du MTCE et du MMTC au sujet du travail décent.

En actes

Par la relecture* des diverses initiatives locales, régionales et nationales, nous affirmons que la Priorité est respectueuse de l’intuition du mouvement, elle s’ancre dans la double fidélité au Christ et à la Classe Ouvrière.
Par cette relecture, elle est devenue ’ACTES’ :
• Actes de lutte pour la dignité et le respect de tous les travailleurs ;
• Actes dans la réaffirmation de la place de chacun dans la société plus particulièrement des plus petits, des précaires ;
• Actes dans l’accueil des migrants, des demandeurs d’asile.
• Dans la période pré-électorale, elle est devenue acte citoyen pour que chacun donne du sens à l’expression de ses choix.
Notre manière de vivre la Priorité au fil de ces trois années, nous amène à écrire nos actes d’apôtres.
Aujourd’hui, cette démarche inaugure le rapport d’activité. Tout comme cette Priorité a été le fil rouge* des Conseils nationaux* parce que transversale à tout ce qui fait la vie du mouvement, elle est le fil rouge, axe principal, du rapport d’activité. La Priorité, avec tout ce qu’elle a permis en rencontre, en ouverture, en action, en découverte de l’autre différent et complémentaire, avec tout ce qu’elle nous a permis de vivre, d’innover, de célébrer, est aujourd’hui nourriture pour le rapport d’activité. Elle l’alimente sans cesse et vous êtes sollicités pour y apporter vos contributions, vos actes d’apôtres.
Alors, bonne lecture !!

Bruno Carret et Marie-Noëlle Royon,
les Co-Présidents

Les mots avec une astérisque sont expliqués dans le lexique

Opinion 579


 


Accueillir l’avenir

 

7 juin 2017 2017 par International

Aujourd’hui, entre ces deux tours de l’élection présidentielle, je dois écrire cette opinion qui, malheureusement, sera dépassée lorsque vous la lirez.

Pourtant je ne peux que vous partager mon inquiétude devant le fossé d’incompréhension et de jugement qu’un grand nombre de militants s’appliquent à creuser, au sein du mouvement ouvrier, sur le choix à faire entre ces deux tours.
Engagés à l’ACO, nous sommes porteurs de la démarche unique du regroupement :
« Expérience difficile et exigeante, mais aussi chance pour la foi, le regroupement consiste, pour les membres de l’ACO, à accueillir leurs différences dans la confrontation des projets et des analyses des organisations syndicales politiques ou associatives auxquelles vont les préférences de chacun… Pour les membres de l’ACO rassemblés au nom de Jésus-Christ, le regroupement est une invitation à être toujours plus accueillants et respectueux des chemins empruntés par chacun. Le regroupement et la diversité sont des expériences qui ouvrent à Dieu. Ils rappellent que les projets humains sont partiels, fragiles et limités. Aucun d’eux n’épuise la promesse d’avenir que Dieu laisse entrevoir. » (Charte des fondements 243).
Il est aujourd’hui impossible de poser une parole qui puisse convenir à tous les membres de notre mouvement, et bien tant mieux ! Tant mieux si nous osons débattre, tant mieux si nous pouvons ensemble, dans la diversité qui compose l’ACO, nous confronter car aujourd’hui, comme hier, faire vivre la démocratie c’est accepter et assumer de ne pas être d’accord.

Faire un retour en soi- même

Dans la situation actuelle, je voudrais inviter chacun à prendre le temps de l’accueil, d’une réflexion personnelle et comme on n’a parfois plus de mots face à la réalité du monde, je vous propose d’emprunter ceux d’Etty Hillesum, une jeune femme juive morte en déportation ; chacun les lira comme il voudra, comme il pourra : « Je ne vois pas d’autre issue que chacun de nous fasse un retour sur lui-même et extirpe et anéantisse en lui tout ce qu’il croit devoir anéantir chez les autres. Et soyons bien convaincus que le moindre atome de haine que nous ajoutons à ce monde, nous le rend plus inhospitalier qu’il ne l’est déjà. Je ne crois plus que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur que nous n’ayons d’abord corrigé en nous.1 »

Laisser fleurir le printemps

L’Évangile du 23 avril nous parlait de ces disciples, verrouillés chez eux, dans la peur, sans doute encore pris par ce sentiment d’impuissance qu’ils venaient de vivre au pied de la croix, alors que tout semblait perdu. Pourtant, même là, au plus profond du doute et de la peur, l’espérance se force un passage et, de cette porte verrouillée, tout comme de cette pierre qui avait été roulée quelques jours plus tôt, un grand courant d’air a soufflé sur le monde parce que ceux qui osèrent tourner la clef dans la serrure prirent en mains l’avenir, malgré les doutes et les désaccords.
Le chemin de Pâques nous l’a appris, il faut accepter que certaines choses meurent pour que nous puissions goûter aux fruits de l’avenir. Oui, des choses sont mortes durant cette élection, mais à côté de la pierre roulée de la tombe, déjà des bourgeons apparaissent.

Sylvain Knittel, le 2 mai 2017
Une vie bouleversée d’Etty Hillesum aux Édition du Seuil, 1995, 360 p.

Accueillir l’avenir


 


Aux assoiffés de justice

 

13 novembre 2018 2018 par International

Le numéro de Témoignage que vous tenez entre les mains est le premier de l’année. Nous venons de laisser derrière nous Noël et sa symbolique de lumière nouvelle pour entamer les premiers pas d’une année qui, sur bien des aspects, apparaît décisive et charnière.

En effet, des échéances électorales vont rapidement se présenter chez nous. Les débats qui marquent la campagne sont là pour nous rappeler que nous sommes au cœur de choix de société fondamentaux, qui touchent au devenir de notre vivre ensemble, à la possibilité pour chacune et chacun de contribuer au bien commun et de bénéficier d’une protection sociale digne de ce nom.

Des choix politiques éclairés

Que des millions de personnes, par leur engagement et/ou par leur vote aux primaires de la droite et de la gauche, s’investissent dans cette campagne pour affirmer de quel côté penche leur vision de la société de demain, est évidemment plutôt encourageant. Mais, comme chrétien, je ne peux m’empêcher de voir aussi que les catégories populaires, les personnes qui souffrent le plus des crises (économique, environnementale et poli¬tique), sont aujourd’hui les plus éloignées de ces choix politiques ; quand elles ne tombent pas sous l’emprise d’idées visant le repli sur soi, le rejet de l’étranger et l’intolérance. Sans doute faut-il entendre ce ’cri’ de toute une population oubliée et sacrifiée, qui ne parvient plus, ou alors difficilement, à vivre de son travail.

Une utopie combative

Sans doute y a-t-il aussi à interroger nos modes de production et de consommation, pour faire en sorte qu’ils répondent aux besoins de tous. N’y a-t-il pas également à redonner aux travailleurs un certain pouvoir sur ce qui est produit ? Je me retrouve pleine¬ment dans l’interpellation qu’a lancée le pape François, en novembre dernier à Rome, lors de la rencontre des mouvements populaires (où l’ACO était représentée par Xavier Pottiez) : « Qu’arrive-t-il au monde d’aujourd’hui où, quand une banque fait faillite, des sommes scandaleuses apparaissent immédiatement pour la sauver alors que quand c’est l’humanité qui fait faillite, il n’y a pas une once de ces sommes pour sauver les frères qui souffrent tant ? » Cette interpellation nous invite, au fond, non seulement à nous laisser bousculer par le sentiment d’injustice mais surtout à ne pas nous y résigner. Cela suppose d’avoir les yeux ouverts sur toutes ces luttes, toutes ces expériences nouvelles qui cherchent depuis plusieurs années à redonner du sens à la démocratie (à l’image de Nuit Debout, l’an dernier, par exemple), et à rendre ce monde plus humain, plus solidaire. Ces signes d’une « utopie déjà là » travaillent en profondeur notre humanité et se manifestent avec une intensité variable selon les circonstances. « Utopie déjà là » que les défaites d’hier ne sont pas parvenues à éteindre et qui continue de chercher à advenir, malgré tout.
En regardant ces signes, en nous engageant auprès de nos frères et sœurs pour manifester cette utopie d’un monde de justice et de paix, peut-être pouvons-nous continuer d’entendre Jésus nous encourager : « Heureux les assoiffés et affamés de justice, ils seront rassasiés » (Mt 5,6).

Bruno Cadez, le 16 décembre 2016

Opinion 576


 


Témoignons de ce qui nous unit

 

17 octobre 2018 2018 par Pascal Fouque

Le numéro de Témoignage que vous avez entre les mains est l’un des fruits de la recherche Bien vivre ensemble en société, du Conseil national de l’ACO.

Nous l’avons décidé les 10 et 11 janvier 2015, peu après les attentats de Charlie Hebdo et de l’épicerie casher. Nous affirmions ainsi que l’ACO tient au ’vivre ensemble’ ancré dans les valeurs de notre République laïque, la liberté, l’égalité, la fraternité. C’est pour ces motivations que je me suis joint à la foule des manifestants du 11 janvier 2015.
Presque deux ans sont passés. Malheureusement, en France et ailleurs, d’autres attentats ont fait des victimes de tout âge, de toutes confessions religieuses, de toutes catégories sociales. Ces actes faits pour tuer, terroriser et diviser ont pu semer, en nous, autour de nous, la peur de l’autre et la méfiance. Leurs auteurs, pour beaucoup d’entre eux, sont des enfants de France ! Cela peut renforcer notre malaise. Comment résister à ces germes puissants de division et de haine ? La recherche du Conseil national nous a révélé une société de plus en plus divisée, source d’inégalités, de particularisme, incapable de résorber ses ghettos en périphérie et dans les centres-villes… La fraternité que nous souhaitons et pour laquelle nous œuvrons est mise à mal.
Le repli sur soi, le repli identitaire, nous orienteraient vers le passé et non l’avenir. Certains utilisent cela comme fonds de commerce électoral. Je crains que cela ne cache de sombres intentions.

Comme chrétiens du monde ouvrier, quel service voulons-nous rendre au bien vivre ensemble ?

Tout d’abord, nous sommes des acteurs parmi d’autres, avec nos sensibilités et nos analyses. Ce numéro en porte témoignage. Nous devons aussi le constater, les débats sont particulièrement rudes dans le mouvement ouvrier. Comment comprendre et faire face à ses mutations ? Pour cela, les contributions de tous sont essentielles, elles peuvent nous questionner, nous aider à discerner. Mais, j’espère pour avancer, que nous retrouvions le sens du bien commun et de la justice.

Prenons d’autres voies pour bâtir demain

Que me dit ma foi sur cet « A-venir » ? Être chrétien n’est pas un marqueur social mais une relation, une marche dans la confiance. Jésus Christ, mort et ressuscité, donne sens, valeur à ma vie, Il la met en mouvement. Un sens, c’est une direction ; c’est l’espérance en une fraternité toujours possible. Au cœur des situations les plus difficiles, je crois qu’une lumière peut baliser notre chemin. Nous l’accueillons en nous affrontant avec courage au mal, qu’il se nomme injustice, maladie, division… Je crois que Jésus est à nos côtés, dans ces combats pour évangéliser, ’aimanter’ nos combats. Je me trouve ainsi uni, autant à mes frères de destin, qu’aux générations qui ont contribué à mon bien vivre d’aujourd’hui, et aux générations futures.
La fraternité ne serait-elle pas, avant tout, ce qui nous réunit à nos frères et sœurs en humanité ? Résolument, témoignons de ce qui nous unit.

Pascal Fouque, le 7 octobre 2016

Témoignons de ce qui nous unit


 


Les vacances, une trève ?

 

15 septembre 2016 2016 par Catherine, Publications ACO

Et pourtant, c’est la rentrée. Rentrer à l’école, au boulot ou bien… et moi, où vais-je rentrer ? De plus en plus, l’été, on prend du recul sur l’actualité pesante ; sentiment de saturation qui donne envie d’oublier pour un temps…
Pour autant, nous avons vu les athlètes tout donner, aller jusqu’au bout, des copains vivre la lutte avec persévérance, se relever de conditions difficiles. Regardons ces solidarités, joies et petites avancées. Qu’elles nous émerveillent !

Pas si sûr ! Et pourtant...

Les vacances sont parfois un nouveau temps d’exclusion, le budget des familles ne permettant pas de partir, ou un nouveau temps d’exploitation, les travailleurs saisonniers de tous âges en connaissent un rayon !
Et pourtant, des enfants ont vu la mer pour la première fois grâce à des familles d’accueil, des jeunes saisonniers ont découvert leurs droits et mené l’action avec la JOC.
Un été plombé par des attentats meurtriers.
Des gens tout simples, comme vous et moi, sont atteints dans leur corps, dans leur vie… On veut toucher là où ça fait mal, au cœur de notre identité : liberté, égalité, fraternité.
Violence et haine sont à fleur de peau… un petit rien pourrait compromettre un fragile équilibre nécessaire au bien vivre ensemble.
Et pourtant, des initiatives locales fleurissent dans les quartiers, les paroisses, afin de vivre la fraternité entre croyants de toutes religions. Nombre d’associations, de citoyens défenseurs de liberté et de démocratie résistent à la division en proposant des temps de partage, voire de prière.
Il s’agit de construire ensemble la société que nous espérons, que ce soit au travail ou sur nos lieux de vie, de loisirs, d’engagement.

Nous sommes doués d’espérance et de vie

Des travailleurs ont témoigné de conditions de travail écrasantes, des conséquences sur leur santé, leur vie de famille. Des demandeurs d’emploi ont exprimé la difficulté accrue des démarches pendant l’été. Les entreprises continuent à réduire les coûts de production sur le dos des travailleurs : SFR va réduire d’un tiers ses effectifs d’ici 2017. Entre attentats, vie sportive et bronzette, la loi El Khomri est adoptée…
Et pourtant, à l’instar des ouvriers du Front Populaire (80 bougies !) les travailleurs
résistent, agissent. Parfois simplement grâce au dialogue avec un collègue, ou collectivement avec leurs syndicats : s’ils restent en difficulté, invités à réduire leur production de lait, les éleveurs ont fait bougé Lactalis sur les prix. Après une lutte de plusieurs années, les ’Molex’ ont obtenu gain de cause…
La situation internationale reste préoccupante, en Turquie, au Brésil…
Et pourtant, des accords de paix sont en passe d’être signés en Colombie.
Pas de trêve pendant les vacances…
Et pourtant…

Nous sommes en mouvement : appelés à bouger, à nous mettre en route…. Nos besaces sont pleines de projets missionnaires : la rentrée est une opportunité !
Membres de l’ACO, nous sommes doués d’espérance et de vie car nous recevons chaque jour ce cadeau merveilleux : l’amour de Dieu. Il nous donne l’Esprit Saint, le dynamisme de Jésus-Christ, le souffle de vie.
Que cette rentrée soit sous le signe de l’espérance, que nous soyons témoins, porteurs, transmetteurs de cet élan de vie auprès de toutes les personnes, de tous les travailleurs, particulièrement ceux en situation de précarité et de fragilité !

Catherine Baudier,
le 1er septembre 2016

Les vacances, une trève ? Pas si sûr ! Et pourtant...


 


Vivre la pluralité comme une richesse

 

29 juillet 2016 2016 par Secrétaire aux finances ACO

Si la température de ce début d’été est « inférieure aux normales saisonnières », selon l’expression usuelle, l’actualité sociale fait quant à elle monter le baromètre de la tension et des inquiétudes.

Les choix et les décisions des différentes organisations, et leurs divergences de positionnement quant au projet de loi sur la réforme du Code du travail, se respectent. Nous nous heurtons cependant à des difficultés majeures de dialogue et de compréhension.
Alors que ce projet « vise à promouvoir l’adaptation de l’entreprise par le dialogue social », nombreux sont ceux qui ont le sentiment d’un manque réel de concertation et de discussions pourtant nécessaires à la vie de toute démocratie.
Grande aussi est l’exaspération des travailleurs de ne plus entendre parler de leur travail qu’en terme de coût ou de charges. Cette culpabilisation permanente, orchestrée par ceux qui accroissent chaque jour le coût exorbitant du capital et le volume de leurs profits, est indécente. Les richesses produites sont bien réelles, mais les gains sont aujourd’hui largement soustraits à l’intérêt général et à celles et ceux qui produisent ces richesses.
Le travail, au cœur d’intenses mutations contemporaines, est un enjeu crucial.
Pour modifier les lois qui régissent les rapports entre les acteurs, il convient de rechercher le plus grand consensus possible, de prendre le temps de construire des décisions éclairées et de les faire valider par les premiers concernés.
Or, dans son rapport annuel publié ce mois-ci, la Confédération Syndicale Internationale alerte sur l’affaiblissement des droits des travailleurs dans le monde. Pour elle, cette dégradation est à mettre en relation avec un recul général des valeurs démocratiques et des libertés civiles dans le monde, avec une dérive autoritaire des dirigeants politiques à la faveur de la crise économique et des troubles géopolitiques.
Si la France est relativement bien classée au niveau mondial, les auteurs du rapport déplorent cependant une tendance croissante à la criminalisation de l’action syndicale (Air France, Goodyear à Amiens). Et que penser de la velléité politique actuelle à interdire les manifestations sociales organisées par les syndicats ?

Promouvoir une culture du dialogue

L’ACO ose le regroupement dans la diversité, comme expérience qui ouvre à Dieu. Mettre nos convictions en débat, c’est nous mouiller dans cette aventure où nous grandissons les uns par les autres. Le dialogue permet d’entrer dans une relation renouvelée avec soi-même, avec les autres et avec Dieu. Reconnaître ce qui nous unit, le projet commun que nous portons, ne revient pas à nier les différences, mais à vivre la pluralité comme une richesse. Le Pape François invite à promouvoir une culture du dialogue et de la rencontre qui nous aide à reconnaître l’autre comme un interlocuteur valable 1.
Puisque l’été est propice à la rencontre, à de nouvelles rencontres, faisons nôtres ces propos ; et permettons-leur de trouver toute résonance au cœur de nos rencontres d’équipes et de partages !

Annick Mouchel,
le 21 juin 2016

1. Discours du Pape pour la réception du Prix Charlemagne (06.05.2016).

Vivre la pluralité comme une richesse !


 


En toute Humanité

 

23 mai 2016 2016 par Témoignage ACO

Voici venu le mois de mai, il s’ouvre par la traditionnelle fête du travail. Pour moi qui ne suis pas d’une famille militante, cette journée est celle du muguet plutôt que du défilé. Cette année les clochettes sont bien ouvertes mais le travail n’est pas à la fête. Que de raisons de s’exprimer !

Le monde du travail explose dans ses formes qui nous sont familières et réglementées (diversité de contrats, d’obligations, d’organisations…), de nouvelles (autoentreprenariat, uberisation…) se cherchent, se dessinent se mettent en place… Quelle implication de la société, des organisations, des travailleurs eux-mêmes ?
Quelle part doit prendre l’État ? Comment favoriser le débat ? Permettre à tous d’apporter réalités, points de vue, arguments… ? Faire en sorte que tous soient écoutés et considérés… ? Comment ne pas monter les uns contre les autres ; accepter que les clivages, accentués ces derniers temps, enrichissent les propositions débattues pour aboutir à un résultat cohérent, soutenable et porteur ? Au niveau de l’unité de travail - l’entreprise, l’usine, le service - quelle réalité de dialogue social ? Existe-t-il ? Peut-il se vivre en vérité ? Aujourd’hui, nous, membres de l’ACO dans nos diversités, quelle est notre implication dans le dialogue social sur nos lieux de travail ?
La valeur du travail est de plus en plus réduite à son coût. Bien faire, progresser, s’y épanouir, perdent de l’importance. Le rapport au travail change. L’idolâtrie de l’argent, la financiarisation, la spoliation des richesses produites participent à la désaffection.
Je me sens appelée à inventer demain, aujourd’hui, en pensant à l’humain d’abord ; en étant attentive à privilégier des choix de vie et de société cohérents pour ne pas avoir à rougir en répondant à « qu’as-tu fait de ton frère ? »

Et demain ?

Nous sommes à un an des présidentielles, comment l’oublier ? D’une élection à l’autre, les acteurs politiques d’envergure nationale ne semblent penser qu’à ça. Les média de masse ne cessent de l’évoquer. Les spectres les plus pessimistes, décourageants et inquiétants sont avancés. Le populisme gagne. La forme parlementaire de notre démocratie est mise à mal, une déception forte vis-à-vis du gouvernement continue de croître…
Un projet politique devenu illisible, un enchainement de désillusions qui ne laisse plus espérer aucun sursaut…, où irons-nous trouver quelque étincelle ?
On ne prend pas en compte l’expression, la parole, c’est révoltant. Je ne m’y retrouve plus. Des choses nouvelles apparaissent. Porteuses d’espoir pour les uns, à observer pour certains et dédaignées par d’autres.
Nuit debout, On vaut mieux que ça, Panama papers, le Pape François et les migrants… de nombreux sujets qui auraient pu faire l’objet de ce texte et susciter nombre d’interrogations encore. Et oui, j’ai beaucoup de questions, peu de réponses.
J’ai besoin de faire le tri, de discerner et, pour cela, j’ai besoin d’informations recoupées mais aussi peut-être de silence. Prendre le temps de regarder la nature fleurir et d’écouter les oiseaux chanter, pour faire place à l’Esprit Saint et percevoir le souffle de son travail en moi, en nous, pour, ensemble, aller de l’avant et poser des actes responsables.

Elisabeth Peralta
le 28 avril 2016

En toute Humanité


 


Un jugement juste ?

 

17 octobre 2018 2018 par Pascal Fouque

La condamnation de 8 salariés de l’entreprise Goodyear, par le tribunal d’Amiens, à 2 ans de prison dont 9 mois fermes, oblige chacun à réagir. Ont-ils été trop loin dans leur lutte ? De quoi sont-ils coupables ?

Sans les procédures d’appel, ils seraient en prison. C’est impensable. D’accord ou non sur la stratégie menée pour le maintien des emplois, nous sommes ahuris par cette décision. Qu’est-ce qui a motivé ces peines de prison fermes requises et prononcées ? Pourquoi la prolongation des poursuites alors que les plaintes avaient été retirées ?… Chacun est invité à trouver la vérité des faits et à se situer. Quant à moi, j’ai participé à un rassemblement, signé la pétition de soutien. Je leur dis : « Ce qui vous arrive me concerne. Je choisis mon camp, c’est le vôtre, celui de ceux qui se battent pour garder leur emploi ». Quel est le sort des actionnaires hors-la-loi, qui ferment une entreprise ? En Picardie toujours, le Conseil des Prud’hommes de Compiègne a de nouveau donné raison à des salariés d’un autre géant du pneu, Continental. Le motif économique de leur licenciement n’est pas établi. Je sais les ravages occasionnés par ces fermetures. Je salue la dignité de ces salariés qui font reconnaître leurs droits, elle serait complètement restaurée par le retour de leur emploi.
Plus généralement, les tribunaux des Prud’hommes sont encombrés, signe d’un défaut de respect du droit et de demandes de réparations après rupture de contrats de travail.

Quel dialogue social ?

Que devient l’entreprise ? Communauté de vie, communauté de destin ? A coup sûr, elle est, ici, le lieu de conflits d’intérêts quand s’opposent une rémunération plus importante des actionnaires et le maintien d’emplois rentables, ou quand un patron refuse de payer des heures supplémentaires. Le recours à la justice est légitime, mais il se substitue à un autre mode de régulation sociale ; il révèle une incapacité à vivre les mutations de notre monde dans la sérénité et dans le respect des travailleurs, transformés en variable d’ajustement.
Chacun est concerné. Le mouvement ouvrier est divisé sur l’attitude à avoir. Un pouvoir politique qui est inefficace sur ces sujets perd sa crédibilité auprès du monde ouvrier et laisse un boulevard à d’autres forces politiques prêtes à céder à ces chantages ou à avoir recours au nationalisme. Nous ne pouvons pas nous en satisfaire.
A l’entrée en Carême, le pape François nous redit cette parole du Christ « C’est la miséricorde que je veux, et non les sacrifices » (Mt 9,13). Comment comprendre la miséricorde de Dieu ? C’est sa réponse d’amour à nos vies abimées par le péché, les nôtres et ceux de nos sociétés. « On est en train de châtier la terre, les peuples et les personnes de façon presque sauvage. Et derrière tant de douleur, tant de mort et de destruction, se sent l’odeur de ce que […] Basile de Césarée appelait ’le fumier du diable’, l’ambition sans retenue de l’argent qui commande. […] Le service du bien commun est relégué à l’arrière-plan »1.
La miséricorde est cette force d’amour et de solidarité qui nous fait tenir debout. Elle ressemble au respect, au soutien donné aux 8 militants de Goodyear. Pour tenir, ils ne peuvent s’en passer. Sachons être les messagers de la miséricorde autour de nous.

Pascal Fouque
le 11 février 2016

Un jugement juste ?


 


Tisser demain

 

18 janvier 2016 2016 par International

Il est des années où l’on a l’impression que tout ce que l’on a voulu bâtir s’effiloche ; où toutes ces affiches qui ont tapissé les murs, porteuses d’espérance, n’ont servi à rien.
Il est des années qui nous paraissent troublées et que l’on préférerait oublier.

A la suite de notre Rencontre nationale, à Angers, j’ai pu admirer cette magnifique tapisserie de l’Apocalypse, une œuvre majestueuse qui nous oblige à ne pas faire du surplace si l’on veut l’admirer. Elle nous oblige à nous mettre en route pour parcourir l’image d’un temps troublé ; mais aussi 140 mètres de relecture d’une époque, non pas de l’époque de St-Jean, mais celle de ceux qui, au milieu d’un conflit qui allait durer cent ans, tissaient les souffrances qu’ils pouvaient voir chaque jour. Relecture des heures sombres de leur présent : guerre, famine, peste… au travers de représentations de cavaliers portant des tenues anglaises…
Une œuvre qui pourrait sembler effrayante si l’on ne faisait pas l’ensemble du chemin, si l’on ne s’arrêtait que devant cette représentation ; qu’aujourd’hui encore on pourrait tisser au milieu de la violence, de la guerre, du terrorisme, de cette autre peste, la peste brune qui envahit nos cartes électorales, d’un climat déboussolé… Tant de malheur, comment continuer à espérer… ? Et pourtant, je l’ai bien vu : la fin de cette tapisserie, tissée au milieu de l’épreuve, je l’ai bien vue annoncer clairement la Jérusalem nouvelle, la paix, la justice… Alors oui, il est des années où tout s’effiloche, où l’on ne sait pas ce que nous devrons encore traverser comme échecs, comme désillusions, mais il faut continuer, l’espérance glissée dans la besace, parce que c’est au bout de cette route qu’est le Royaume.

Sur les routes de l’Exil

Nous ouvrons, avec ce numéro de Témoignage, une nouvelle année qui verra l’ACO vivre dans chaque région des assemblées proposant de bâtir 1 000 projets pour oser l’espérance. Audace d’une route à prendre, comme cette route de l’Exil - Parole qui sera mise au centre de ces rencontres. Une route qui nous fait, tout autant que nous la faisons. Un exil, parce qu’aujourd’hui, demain semble bien flou ; parce que nous ne savons pas très bien où nous allons, ni comment nous arriverons. Pourtant, il faut continuer à avancer, avec ces jeunes générations aussi qui semblent ne plus se reconnaître dans nos combats d’hier et qui bousculent, même dans notre mouvement. Il faut avancer en gardant dans notre besace, en plus de l’espérance, notre double fidélité à Dieu et à la classe ouvrière.
Chemin de gestation, chemin de renaissance… c’est quand il est en marche qu’un peuple se construit. Chemin d’audace aussi. Alors oui, nous traversons des moments difficiles, d’autres s’annoncent, mais des petites lumières sont là, bien présentes le long du chemin, elles éclairent la route. Sachons rendre grâce pour ces petites flammes qui scintillent de luttes, d’engagements nouveaux, de volontés de vivre ensemble… Elles sont là et irradient déjà « malgré la nuit ».
Durant cette année qui commence, soyons attentifs à tout ce qui se révèle d’un monde nouveau qui se construit, ces petites graines qui feront fleurir notre désert d’aujourd’hui.

Sylvain Knittel
le 15 décembre 2015

Tisser demain


 


Donnons-nous d’espérer

 

13 novembre 2015 2015 par Spécifiques

En démarrant cet édito, je suis bien en peine de me projeter jusqu’à la joie de Noël.

Tellement englués dans le contexte qui nous colle aux semelles, quelle joie pourrions-nous espérer pour tous ces copains qui se battent contre le radicalisme économique qui nous en demande toujours plus ? Et ce cri qui monte : ’jusqu’où’ devrons nous renoncer et comment nous reconstruire après ça ?
Quand cessera cette compétition effrénée qui nous met tous en concurrence ? Pourrions-nous faire d’autres choix ? Sommes-nous irrémédiablement contraints à ’fonctionner’, à être vides de sens, au point de produire toujours plus ? Quelle est la finalité de ces biens produits pour soutenir une économie basée sur la consommation ?
À l’heure de la COP 21, et de la réflexion d’enjeux planétaires sur l’environnement, n’y aurait-il pas urgence à repenser un modèle ? Toutes les logiques qui annihilent l’homme, peuvent-elles être viables ?

De la servitude

Mon sentiment, aidé par le discernement précieux de la révision de vie, c’est que l’homme n’est pas naturellement en compétition et que c’est bien un système, très profitable pour certains, qui nous maintient dans cette servitude. Des sociologues nous disent que lorsque le choix de leur organisation est laissé aux travailleurs, lorsqu’on fait appel à la part gratuite de chacun, alors d’autres comportements adviennent.
Un travail en coopération, dont le socle serait l’échange, en cherchant un mode de relation non-conflictuel, non-concurrentiel et où chacun pourrait entrer librement dans un ’NOUS’ porteur de sens, ne produirait-il pas d’autres biens pour une autre société ?

À l’expérimentation

Cette vision n’est pas utopique, certains tentent le modèle non seulement au niveau du travail, mais aussi en y incluant une réflexion sur un modèle énergétique respectueux de la nature. Aujourd’hui, des femmes et des hommes, ensemble, se risquent à labelliser leur ville ’territoire de transition énergétique’, en y alliant réflexion autour du travail de tous et d’une planète habitable pour tous.
Alors, la joie de Noël serait dans cet enfant fragile qui naît mais qui a tout à découvrir ; et dans le signe que, guidés par l’amour, nous pouvons trouver des trésors d’inventivité, de fraternité pour que demain…
En ce moment si précieux pour la Mission ouvrière et les mouvements qui la composent, donnons-nous d’espérer que parmi ces milliers de fêtes de Noël, chacun soit touché au coeur. Que personne ne soit laissé, abandonné et ne tombe dans les abîmes de l’extrémisme.
Faisons de ce temps d’avant Noël, d’avant élections, un temps de discernement pour avancer ensemble vers un horizon de justice et d’équité. Bien sûr, cela passera par l’engagement de tous au service de la réflexion, de l’action. Ce monde ne se construira pas sans nous. Dieu nous dit son ’manque’ d’ouvriers pour la moisson et aussi de nous lever et de marcher.
Je vous souhaite de trouver toute la joie de Noël dans une vie qui s’engage au service de Dieu, à la suite de Jésus.

Anne-Sophie Scherpereel
le 15 octobre 2015

Donnons-nous d’espérer


 


Acteurs de changement

 

30 octobre 2015 2015 par Secrétaire aux finances ACO

C’est la rentrée, temps de redémarrage, de nouveau départ après une pause estivale. Mais comment parler de pause lorsque les drames humains se multiplient au quotidien et que la seule réponse immédiate repose sur une logique comptable ?

Comment parler de pause estivale alors que tant d’hommes, de femmes, d’enfants fuient leurs pays, chassés par la guerre, le totalitarisme, la misère ? Toujours plus nombreux, tellement vulnérables alors, ils sont les proies faciles de réseaux de trafic d’êtres humains qui repoussent sans cesse les frontières de l’horreur et de l’inhumanité.
Face à ces arrivées massives et à l’incapacité de l’Europe de mettre en place une vraie politique d’accueil des migrants, des murs et des barbelés s’érigent dans certains États à qui il est reproché d’être trop perméables ! Comment parler de pause estivale lorsque, contre l’avis du Conseil économique et social européen, la position du Parlement européen est plutôt favorable au futur traité transatlique (TAFTA) négocié en toute opacité. Un traité qui, avec les risques de régressions sociales, environnementales et politiques qu’il laisse présager, ne fera qu’aggraver la marchandisation du monde et constituerait alors une atteinte nouvelle et sans précédent aux principes démocratiques fondamentaux.
Il y a urgence à refonder des processus plus démocratiques où le politique et l’économie entrent en dialogue, se mettent résolument au service de la vie humaine, où chacun prend part à la recherche d’orientations au service du bien commun. La démocratie, quel que soit son ‘âge’, demeure précaire et exige un effort constant, une vigilance tenace pour que vivent les règles de bases, pour que nul ne puisse prétendre être au-dessus des lois.

La fraternité n’est pas une option

Et au-delà des lois, c’est dans l’expérience de la fraternité que réside le sens ultime de l’action politique et de tout ce qui concourt au vivre ensemble. Avec l’ACO, nous affirmons que les besoins de chacun doivent être pris en compte, que les choix politiques doivent permettre à tous de vivre dignement, qu’une autre société est possible. La fraternité n’est pas une option, le combat pour la dignité n’est pas une parenthèse dans notre vie. Au cœur de ce combat, chacun est appelé à prendre sa place. Agir sur les causes, peser sur les décisions pour apporter des réponses durables, c’est la force de l’action et de l’intelligence collectives : « Vous, les plus humbles, les exploités, les pauvres et les exclus, vous pouvez et faites beaucoup. J’ose vous dire que l’avenir de l’humanité est, dans une grande mesure, dans vos mains, dans votre capacité de vous organiser et de promouvoir des alternatives créatives, dans la recherche quotidienne des 3 T (travail, toit, terre) et aussi, dans votre participation en tant que protagonistes aux grands processus de changement, nationaux, régionaux et mondiaux. Ne vous sous-estimez pas ! », déclarait le Pape François à Santa Cruz. Alors, en cette rentrée, ne nous sous-estimons pas. Avec audace, soyons acteurs
de changement !

Annick Mouchel,
le 1er septembre 2015

Acteurs de changement


 


Garder l’esprit éveillé

 

29 octobre 2015 2015 par Témoignage ACO

Ça y est, l’été est là ! Une fois de plus l’année (scolaire) a été chargée. Certains ne l’auront pas vu passer ; d’autres l’auront trouvée bien trop longue… perception du temps, que le dossier du présent numéro vous invite, nous l’espérons avec bonheur et délectation, à vous interroger et réfléchir.

Le début de l’été, c’est la période privilégiée pour les bilans, couplés ou non avec le barbecue ou repas de fin d’année. Que ce soit en équipe, en responsabilité de conduite, en Comité de secteur/ diocésain, voire ailleurs ou personnellement, il est bon de ’jeter un œil’ en arrière. Prendre le temps de repasser, relire ce qui s’est écoulé depuis la rentrée. Prendre conscience du chemin parcouru, de ce qui a été porteur ; entrevoir comment et avec qui continuer.

Défaut de justice sociale

Parce que si l’été induit ’naturellement’ un changement de rythme, les raisons de rester vigilants ne manquent pas. L’emploi, la croissance, les taux d’intérêts représentés par des courbes, ne vont toujours pas dans le bon sens ou dans les bonnes proportions, comme une rengaine. Dans le concret de la vie, les conséquences bien réelles marquent profondément la vie des Travailleurs, des familles, des collectivités locales, des institutions chargées de nous protéger. « Vous êtes en train de perdre tout ce qu’on avait gagné », ai-je entendu récemment, lors d’un partage à Besançon. Pessimisme ou réalité ?
Les attentats de janvier et la forte mobilisation pour défendre la liberté d’expression et le vivre ensemble ont induit des prises de conscience. Pourtant, qu’en est-il de la fraternité, la tolérance, l’accueil ? En prenant la route pour atteindre la ’belle bleue’, les estivants se laisseront-ils transformer par le souvenir des milliers de migrants pour qui il n’est plus question de vie ou de mort ? Les peurs semblent toujours plus fortes que les valeurs humaines. Quels sont pourtant les fondements du Royaume auquel nous collaborons et dont nous avons à témoigner dans la joie ?
Des questionnements parmi d’autres qui malheureusement ne sont pas repris à la mesure des manquements, au minimum d’éthique, à la FIFA, à Matignon…

Détente, ressourcement, plénitude

Rythme différent bien que plus forcément commun… avantages pour certains, inconvénients pour d’autres. Alors congés, vacances ou pas, avec ou sans délocalisation ou dépaysement, que cet été nous puissions prendre le temps nécessaire au repos, à la fraternité, à l’amitié, à la rencontre, au partage, à la lecture, à la culture, à la distraction, au rêve, à l’évasion… celui qui permet de se ressourcer, de chercher un sens à la frénésie qui peut s’emparer de nos vies, de notre monde. Pas celui de la fuite ou de l’oubli, non. Celui qui, à l’invitation de l’apôtre Pierre, dans sa première lettre, permettra de garder « l’esprit éveillé sur les réalités pour les discernements nécessaires et à mettre notre espérance en la vie », puisque nous sommes disciples du Christ.
Bel et bon été de récupération et ressourcement à tous et à chacun, sans oublier ceux qui travaillent.
Elisabeth Peralta
le 11 juin 2015

Garder l’esprit éveillé


 


Faites du 1er Mai un autre monde

 

20 mai 2015 2015 par Pascal Fouque

La grâce de notre mouvement est de partir de récits de vie. En ce premier mai, jour de fête pour les travailleurs, ils nourrissent mon Espérance.

Parole donc aux salariés pris au piège de la course au profit. Ceux-là
devaient reprendre le travail avec la nouvelle société sous traitante.
Le patron les a laissés sur le carreau en bafouant leurs droits.
« S’engage alors un combat où l’usure essaie d’avoir le dernier mot, et voilà que vous, amis travailleurs, vous tenez bon. Vous refusez d’être écrasés. Dans ce combat d’hommes face à la finance, vous êtes les plus grands parce que vous vous faites exister les uns les autres, dans la dignité de ceux qui ne baissent pas les bras », leur disaient les copains présents gratuitement auprès d’eux.
Parole donc aux routiers, aux ouvriers des abattoirs ou des industries dont les emplois sont menacés. Parole aux travailleurs privés d’emploi et à leur famille. « Son mari au chômage, elle fait des ménages. À cause de la précarité, elle ne peut plus prendre de mutuelle, aussi elle hésite à aller chez le médecin ».
Nous entendons leur indignation. Plus nombreux de jour en jour… ils seraient responsables de leur chômage ?

Rompre les silences


Notre monde est rude et doit le rester, dit-on, pour le profit de quelques-uns dont les fortunes sont bien à l’abri des regards dans les paradis fiscaux… Il faut rompre le silence ! Ceux qui volent les États et les salariés doivent être démasqués.
Un autre silence m’interpelle. C’est celui des personnes qui ne manifestent plus, ne votent plus, ne réagissent pas publiquement, s’écrasent au boulot. N’attendent-ils plus rien ?
Sont-ils trop atteints pour ne pouvoir réagir ? Nous ne pouvons rester là sans tendre l’oreille, sans faire les premiers pas.
L’ACO ouvre mon regard. Cela ne change pas la réalité d’un coup de baguette magique mais, par petites touches, un autre monde apparaît. Il est soutien à une amie malade. Il est attention à un collègue en difficulté. Il est organisation dans un quartier pour la réhabilitation de logements. Il est présence auprès de sans-papiers venus ici en quête d’avenir. Avec l’ACO, nous soutenons le combat pour le salaire vital
des ouvriers victimes du ‘toujours moins pour les salaires’ en Asie, au Maghreb.
Leur parole nous provoque aussi à l’action ici pour faire pression sur les donneurs d’ordre, les rendre responsables ; et combattre ce ‘toujours moins pour les salaires’ qui empêche, ici aussi, de vivre décemment. Ce monde nouveau, nous ne lui donnons pas de limite, mais il a la faiblesse et la fragilité des rapports de forces d’aujourd’hui.

Un autre monde est possible, les solidarités vécues en sont le signe, la manifestation.

Notre engagement est aussi expression de notre foi. Parce que l’amour de Dieu est plus fort que tout, la mort n’a pas le dernier mot. Dans cette lutte pour l’amour, Jésus donne sa vie pour le Royaume déjà présent. Il y est fidèle jusqu’au bout et Dieu le ressuscite. Nous nous appuyons sur la parole des premiers disciples et sur leurs rencontres du Christ-Ressuscité pour nourrir la confiance. Les rencontres avec les travailleurs, qui permettent ces paroles reprises, sont imprégnées de cette conviction : nos propres morts et impasses sociales n’auront pas le dernier mot. L’Esprit de Pentecôte nous en donnera le souffle nécessaire pour atteindre le Royaume.•
Pascal Fouque,
le 21 avril 2015



 


Vers Pâques...

 

8 avril 2015 2015 par Secrétaire général

En cette période de Carême, nous sommes invités, entre autre, à la conversion pour une plus grande disponibilité. Membres ACO, militants syndicaux, politiques, associatifs, par quoi cela va-t-il passer ?

Vivre une plus grande disponibilité envers les autres, n’est-ce pas d’abord envers tous ceux qui sont sans travail, en attente d’une réponse ?
Les travailleurs qui voient leurs conditions de travail se dégrader et qu’une nouvelle loi ne fera qu’empirer en s’attaquant, entre autre, aux conseils des prud’hommes, aux CHSCT qui sont là pour protéger les salariés ?
Ceux qui luttent chaque jour pour trouver de quoi se nourrir, se loger dignement ?
Toutes les femmes qui, de par le monde, subissent des violences mais plus largement qui ne peuvent vivre ni s’exprimer librement... La journée internationale des femmes trouve son origine au début du XXe siècle, dans les luttes des ouvrières et suffragettes pour de meilleures conditions de travail et le droit de vote. Des combats sont encore à mener pour que partout dans le monde ces droits soient reconnus et respectés.

Libres et éclairés


Notre conversion peut aussi se vivre par une attention particulière à l’éducation des enfants et des jeunes : la FCPE soutient qu’apprendre à l’école les principes et les comportements qui permettent de mieux vivre ensemble dans la République est indispensable.
Elle fait aussi le lien avec le rôle des parents : l’école doit prendre en compte
ce qu’ils apprennent à leurs enfants, cela doit être vécu comme un atout et non un obstacle à ce vivre ensemble. « L’enseignement moral et civique doit développer l’esprit critique des élèves[...], la liberté des uns se construisant avec la liberté des autres [...] Pour ouvrir les élèves au monde, il est primordial de les initier au questionnement afin qu’ils développent leurs capacités de réflexion [...] L’école doit leur donner des outils pour que, plus tard, la société continue à se construire au service de l’humain [...] et qu’ils deviennent des citoyens libres et éclairés »

En harmonie


La disponibilité que nous voulons vivre ne doit-elle pas profiter des élections
départementales qui se profilent afin d’entrer en dialogue sur les préoccupations des citoyens ? Sur les moyens à déployer pour favoriser le vivre ensemble, non pas les uns à côté des autres, mais les uns avec les autres... Même si c’est difficile, même si c’est à construire, reconstruire chaque jour, c’est en combattant les inégalités sociales que nous pourrons vivre en harmonie. Comment les programmes proposés tiennent-ils compte de cela ?
Comment le fait d’aller participer à un débat, de voter, de jouer son rôle de citoyen, permet-il de poser un acte ?
La victoire de Syriza, les manifestations en Espagne avec Podemos, ne sont-elles
pas des vents d’espoir ? Des peuples se lèvent pour dire non à l’austérité.
Comment nous sentons-nous interpellés ? Comment sommes-nous engagés
afin que la dignité de chaque être humain soit respectée, afin que la terre de chacun devienne la Terre de tous, que les ressources produites le soient au service de tous ? Ce temps qui nous mène vers Pâques, temps de passage de la mort à la vie, doit nous transformer pour retrouver la source qui nous anime. Ne pas rester indifférent à tous ceux qui, au péril de leur vie, parfois contraints à l’exil, se battent pour plus de justice, pour la paix. Comment réunir nos forces, ici et là-bas, valeur chère au CCFD-Terre solidaire, afin que tous les peuples puissent vivre de leur terre ?
Vivre le temps du Carême non pas en repli sur soi mais tournés vers les autres, car c’est pour nous que Dieu a donné sa vie, pour que nous l’ayons en abondance. Non pas une vie pourvue de biens superflus, mais une vie où chacun dispose du nécessaire pour vivre dignement, une vie riche de sens par la rencontre des autres et de l’Autre.

Le 12 février 2015
1. Édito de Paul Raoult (président de
la FCPE), Lettre d’information n°46,
02/2015.



 


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