Il y a là une intuition profondément chrétienne à faire entendre au milieu des combats des travailleurs. Cette action n’est pas seulement « charitable ». Elle est une nécessité pour le changement climatique et pour rétablir la Justice. Car cette dette donne pouvoir aux puissants sur les plus pauvres. Multinationales, banques et autres rapaces font pression sur les Etats africains, asiatiques et sud-américains… et imposent leur modèle de développement.
Nous laissons planer des vautours sur des frères meurtris
La dette creuse les inégalités et permet aux multinationales de faire pression sur les prix afin de s’accaparer des richesses naturelles. Les populations des pays en voie de développement sont les premières à subir les conséquences de l’exploitation de leurs sous-sols et n’en voient pas les bénéfices. Les travailleurs y ruinent leur santé au profit des actionnaires, leur environnement, leur faune et leur flore sont déstabilisés par le réchauffement climatique… Nous laissons planer des vautours sur des frères meurtris. Comment s’étonner que la jeunesse là-bas n’entrevoit que le départ comme seul avenir ? Notre modèle économique est responsable des migrations. Il transforme des territoires en monde de mort. La faillite économique des pays du Sud est notre faillite morale.
Pour les travailleurs de tous les pays, cet abandon des créances pourrait pourtant ouvrir un avenir. Il est possible de prendre des chemins différents pour le développement. Le modèle du chacun pour soi n’est pas indépassable. Ouvrir des perspectives nouvelles est une étape nécessaire pour vivre en complémentarité plutôt qu’en concurrence les uns avec les autres.
Agir pour libérer nos frères
Pâques est une grâce pour tous les hommes. Elle donne à l’être humain les moyens de vivre en plénitude… Manifestement, le message a encore du mal à passer ! Vivre comme enfants de Dieu, c’est agir pour libérer nos frères et leur permettre d’accéder à leur véritable vocation. Cela n’est pas impossible ! En 2000, déjà, plus de 40 pays en « voie de développement » avaient pu bénéficier d’une annulation de leurs dettes. Cette « grâce » ne fut pas rare non plus dans l’histoire de l’humanité et on en trouve trace dans la Bible : « Au bout de sept ans, tu feras la remise de dettes » (Dt 15,1). Pour une fois, faisons-en une interprétation littérale !
Cette action a une réelle profondeur spirituelle. Dieu a posé le regard sur nous et nous a révélé que nous étions appelés à vivre en hommes et femmes debout. Il nous apprend à épouser son regard, à vivre de sa Parole. Délivrer notre frère travailleur à l’autre bout du monde, lui rendre sa dignité, lui redonner autorité sur son avenir est un véritable message pascal.
C’est à un « chemin de développement productif plus créatif et mieux orienté » (Laudato Si, 192) que nous sommes appelés aujourd’hui.
Pascal Verbeke
Réfléchir ensemble
Comment suis-je informé des réalités des travailleurs des pays du Sud ? Dans quoi suis-je déjà engagé ?
Qu’est-ce que je pense de l’appel de la Bible à « remettre les dettes » ?
Quel « autre monde » me semble nécessaire ? Quel développement me semble désirable ?
Qu’est-ce que je peux faire, dès aujourd’hui, avec d’autres personnes et d’autres collectifs ?








Réagir à cet article