"De Calais, on voit les côtes anglaises ! Comment alors que le projet de rejoindre le Royaume Unis (projet de départ ou projet qui s’est forgé au fil du temps du voyage du pays d’origine à Calais, parfois deux ou trois ans de galère, parait enfin réalisable.)
Au moment où je vous parle, près de deux milles exilés, hommes, femmes et enfants, sont présents sur la bande littorale, entre Dunkerque et Calais, dans des camps de fortune que certains nomment « jungle ». Ils et elles sont Soudanais, Erythréens, Ethiopiens, Syriens, Somaliens, Egyptiens.
Avec de plus en plus de familles. Et depuis cet hiver, on voit arriver des personnes qui étaient dans un autre pays européen et dont le titre de séjour n’a pas été renouvelé. Il n’est pas rare aujourd’hui de voir de jeunes enfants érythréens qui ne parlent qu’allemand…
Le phénomène de migrants présent sur le littoral de la Manche et de la Mer du Nord ne concerne pas que la Calaisis mais tous les lieux d’où on peut partir vers (Dunkerque, Calais, Gravelines, Dieppe, Ouistreham, Cherbourg...) mais aussi Zeebrugge, Ostende.
Une histoire qui débute, pour le Secours Catholique du Pas de Calais en 1999 en plein été au Parc St Pierre.
Une seule association vient en aide à ces exilés : « La belle étoile »
Choix de la délégation du SC-CF du Pas de Calais de tenter de venir en aide, de prendre notre part.
Des premières réponses humanitaire (nourriture, puériculture, vêtement, accès à l’hygiène…)
[...] Puis ouverture du centre de Sangatte (Aubry Chevènement) de 1999 à 2002
Fermeture de Sangatte (Chirac Sarkozy)
Les « jungles » La plus grande atteindra 16000 hab. Pour le Secours Catholique, recherche d’un lieu d’accueil adapté. Nous rencontrons de fortes difficultés politiques et administratives(préemption par la commune ou la communauté de commune des lieux que nous essayons d’acheter, refus de permis de construire, retard dans le passage des commissions de sécurité, application démesurée de certaines normes.)
Nous décidons d’aller en justice pour faire valoir nos droits. Ce sera une première pour le SC-CF de contester des décisions politiques jusque devant le Conseil d’Etat.
Nous assurons le fonctionnement depuis plus de 10 ans du seul accueil de jour ouvert à tous et aux exilés.
[...] On y trouve un lieu où se poser à l’abri des violences policières, des informations sur la procédure d’asile, de quoi prendre une collation, laver son linge, ses baskets, jouer à des jeux de société, recharger son portable, communiquer avec sa famille par l’intermédiaire de la Croix Rouge, prendre en compte les femmes, les enfants et les mineurs non accompagnés. Pour rendre ces « services » au moins des représentants de 5 associations sont actifs au sein de l’Accueil de Jour.
A coté de cet accueil de jour qui est un peu le navire amiral, nous organisons des petits lieux d’hébergement, développons un réseau d’hébergeurs solidaires, participons à la coordination inter-associative, aux rencontres avec la Sous-Préfecture, nous allons au-devant des campements pour saluer, inviter à passer à l’AdJ et recharger les portables (voir rapport d’activité)
Changement de discours vis-à-vis de la présence associative :
"Vous créez un appel d’air"
"Vous n’en avez que pour les étrangers"
Un enjeu : mettre les acteurs publics devant leurs responsabilités
La grève des douches : forcer les pouvoirs publics à prendre leurs responsabilités
Première victoire, fragile la mise en place de la PASS ; travail en réseau avec Médecins Du Monde
Une palette d’actions qui se diversifie avec en 2016, l’arrivée d’associations britanniques
Faire connaitre la situation : accueillir des militants, des parlementaires, des journalistes, des personnalités…
Une constante : travailler en collectif dans une grande diversité, un lieu d’apprentissage
Continuer le travail de plaidoyer et de recours juridique : dénoncer les arrêtés interdisant les distributions alimentaires, obtenir quelques victoires au TA ou au conseil d’Etat – Calais un lieu permanent d’apprentissage.
2020 Le suicide d’un exilé
En 2023, une grève de la faim avec peu de résultats sur des demandes pourtant simples
Le drame de novembre 2021 : 32 morts et un procès où les pouvoirs publics essaient de se défausser
Des naufrages qui se répètent et un discours politique de plus en plus nauséabond.
Tout cela est une vaste fumisterie : des centaines de milliers de personnes ont réussi à rejoindre l’Angleterre (24.500 depuis le début de l’année.)
Ces centaines de policiers mobilisés, toute cette souffrance subie par les exilés et les plus de 300 morts ne sert qu’à nourrir la peur la peur du migrant.
C’est le bouc émissaire de tout temps. Ce qui nous faisait vomir et hurler quand c’était dit par Le Pen est aujourd’hui dit par des politiques que l’on dit fréquentables. Certains s’affichant comme catholiques. Nous n’avons pas dû lire le même évangile !
Nous avons, comme croyants et militants au moins un devoir : nous indigner, vraiment, et le faire savoir, de ces politiques migratoires menées en notre nom.
Ce qui est en crise, ce n’est pas la migration, c’est l’hospitalité !
Quels signes d’espérance dans tout cela
• L’action des assos et de citoyens ordinaires
• La dimension et la rencontre intergénérationnelle
• Le soutien du magistère (Curés de Calais, Evêque du diocèse et Pape François
• L’engagement des exilés eux-mêmes
Un rêve :
• Que nous fassions tous preuve de plus d’humanité et de fraternité
• Qu’un jour, un « procès de Nuremberg » juge et condamne les responsables de tout cela."





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