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      Jour 54 du confinement

Jour 54 du confinement


« Jésus dit encore : "A quoi vais-je comparer le Royaume de Dieu ? Lc 13, 20

Tout le monde s’attend à des images grandioses, un décor magnifique, somptueux !

Mais la réponse de Jésus est tout, sauf extraordinaire :

Le Royaume de Dieu est semblable à du levain qu’une femme a pris et enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que le tout ait levé.” » Lc 13,21

Nous voici ramenés à la vie quotidienne, banale, ordinaire : une femme qui, comme chaque jour, pétrit la pâte pour cuire le pain de sa maisonnée.

Ainsi Jésus montre que le Royaume n’est pas une irruption extérieure, mais un ferment dans la profondeur de l’humanité. La seule chose certaine est que la pâte va lever et qu’il y en aura à profusion : en effet trois mesures de farine représentent une énorme quantité, de quoi nourrir plus de cent personnes !

Nous aussi, nous sommes invités à nous laisser pétrir par la force de la Parole et à comprendre que le monde tout entier est lui-même façonné, brassé, malaxé par l’Esprit de Dieu. Paul y voit les signes de l’enfantement d’un monde nouveau : « Nous le savons bien : maintenant encore la création tout entière crie dans les douleurs de l’enfantement. Elle n’est pas la seule : nous aussi, qui possédons en nous-mêmes les premiers dons de l’Esprit, nous crions intérieurement dans l’attente de notre adoption et du salut de notre corps. Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance seulement. » Rm 8, 22-24

Le “corona“ nous invite à découvrir que ce grand travail d’enfantement est une réalité de notre vie et de notre monde. Le trouble qu’il a introduit dans notre société, c’est une des manifestations de ce vaste renouvellement qui s’opère lentement et qui nous traverse, comme il brasse toutes choses. Quelque chose germe et soulève le monde à la manière d’un ferment : et c’est une Bonne Nouvelle !

C’est comme un écho de la parabole de Jésus : faisons de ce levain enfoui dans la pâte humaine le moteur d’une vraie rénovation, capable de soulever nos vies et d’en faire un pain nouveau. A travers ce trouble, une force de renouvellement nous est offerte, si nous nous laissons travailler par elle. Vivre ainsi, travaillés de l’intérieur, peut devenir la source d’un profond bonheur, car s’ouvrent devant nous des perspectives nouvelles. Parmi les témoignages déjà reçus de vous, certains soulignent que leur vie a changé dans le temps du confinement et qu’elle a pris de nouvelles couleurs.

Pour rendre compte de ce brassage comme le lieu d’un enfantement, la Bible distingue des périodes de qualité différente. Elle parle des “temps et des moments” : il y a des temps de bouillonnement, d’effervescence, temps de découvertes et de renouveau où tout paraît possible, puis des moments où la mécanique semble se gripper, stopper, quand ce n’est pas purement et simplement régresser.

Les choses, le monde, les hommes n’avancent pas d’un pas régulier et égal. C’est un constat qui est vérifiable aussi bien dans notre propre histoire, que pour l’histoire du peuple de Dieu. La Bible n’en fait pas seulement un constat, mais elle suggère qu’il y a là un rythme nécessaire. Nécessaire pour que les hommes marchent à leur pas, inventent leur chemin, et chaque génération à son tour. Nécessaire pour faire naître une démarche libre et responsable ; sinon nous serions livrés à la fatalité, enfermés dans la répétition infinie d’un modèle existant. Ce temps que nous vivons aujourd’hui et que nous avons du mal à déchiffrer, n’est-il pas une période d’enfouissement, un de ces multiples tâtonnements où se cherche l’avenir ?

Cela peut te permettre de mieux comprendre ta propre route comme celle des autres. Elle te rend plus solide pour les traversées du désert que comporte tout cheminement. Elle t’arme contre les tempêtes et les difficultés qui ne manquent pas de surgir. Elle t’inscrit dans un réalisme qui ne se laisse pas démonter par les hauts et les bas. Si tu fais tienne cette perspective, elle imprégnera ta vie de stabilité, de sérénité et finalement d’une indéracinable espérance.

Tu découvres - et c’est une grande découverte - que la fragilité n’est pas seulement un handicap, mais aussi une condition de transformation ; c’est la possibilité offerte de rester malléable. Si tu t’es forgé une carapace, si tu t’es durci, arrimé à des principes, tu risques fort de ne plus savoir accueillir l’imprévu et de passer à côté des appels que Dieu t’adresse. Celui qui reste ouvert est sans doute fragile, et ce n’est pas confortable, mais il peut aller de renouvellement en renouvellement. Vivant dans la confiance, il sait qu’en l’appelant, Dieu l’arrache sans cesse à sa faiblesse.

Accepter la fragilité, c’est risquer une parole personnelle au lieu de répéter des lieux communs, c’est s’aventurer en terrain inconnu pour rencontrer celui qui est différent ou hostile. C’est aussi ouvrir sa maison pour accueillir l’étranger ou le pauvre, c’est s’investir pour servir des causes de justice et de libération. C’est finalement garder un espace libre pour l’imprévu et rester en éveil. La fragilité évite de s’installer. Elle pousse à la recherche d’un nouvel équilibre. Elle réclame ton initiative. Elle nourrit ta prière.

La fragilité peut parfois conduire à se tromper, parce qu’elle amène à se risquer sur des chantiers difficiles, mais elle est essentielle pour vivre l’enfantement continuel que Dieu nous propose dans son appel. Te savoir ainsi, avec le monde tout entier, en travail d’enfantement, t’offre la possibilité de déchiffrer ce qui t’arrive, de savoir gérer les temps de développement et d’enthousiasme, sans être déboussolé par les moments de grisaille et de trouble. Les uns et les autres rythment ton existence en travail de vie nouvelle. Force et faiblesse, victoires et reculs expriment cette formidable poussée, où Dieu te féconde, t’accompagne fidèlement et travaille tout être, “jusqu’à ce que le tout ait levé.”

Alain Patin
alain.patin chez libertysurf.fr

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