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      Jour 51 du confinement

Jour 51 du confinement


Le Corona nous offre une sorte de parabole : extérieur ou intérieur, le monde ne peut rester un espace neutre ou inoccupé ; il a horreur du vide. L’enjeu est alors celui-ci : si tu laisses faire, il sera habité par n’importe quoi. Ton monde intérieur n’est pas un petit enclos protégé. Tu ne peux te désintéresser du monde extérieur, parce qu’il frappe sans cesse à ta porte. Si tu crois pouvoir te confiner, sans te soucier de l’ensemble, tu travailles en pure perte. Tôt ou tard, tu seras envahi par des forces que tu as laissé s’emparer du terrain alentour.
Les gestes “barrière“ sont certes nécessaires, si l’on ne veut pas accueillir ou communiquer n’importe quel Corona ! De même Jésus nous prévient : il affirme que nous ne sommes pas le jouet de forces aveugles, mais il nous averti également que, si nous ne faisons des choix, nous n’empêcherons pas l’invasion de notre espace. Il est nécessaire de se battre pour être maître du terrain.
« Lorsque l’esprit impur est sorti de l’homme, il erre par des lieux arides cherchant le repos. N’en trouvant pas, il dit : “Je vais retourner dans cette maison d’où je suis sorti.” Au retour, il la trouve balayée, bien en ordre. Alors il s’en va prendre avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui ; ils entrent et y habitent. Et l’état final de cet homme devient pire que le premier. » Lc 11, 24-26.
Nous voilà alors invités à la responsabilité. Nous-mêmes et notre monde, nous dépendons des choix que nous faisons ou non. Ni la paix, ni la guerre ne sont fatales ; elles viennent des choix politiques que font ceux qui dirigent les nations. Par contre, quand des forces destructrices ont pris le dessus, elles développent une telle puissance que rien ne semble pouvoir les arrêter. On a vu et on voit la violence et la barbarie se déchaîner et des gens ordinaires se livrer aux pires horreurs. Qui peut se dire à l’abri de tels excès, quand les passions s’exaspèrent. Il faut alors bien du sang, bien des larmes et beaucoup de temps pour sortir de cet engrenage infernal.

C’est au tout début qu’il faut stopper le mécanisme, quand il est encore sans forces et inventer des gestes “barrière“. Cela donne raison à tous ceux qui luttent contre toute forme de racisme, d’exclusion ou de violence, même la plus minime. Admettre un tant soit peu d’abriter de tels sentiments, leur donner un soupçon de légitimité, c’est introduire un virus dont on n’arrivera plus à se débarrasser et qui, de proche en proche, risque de contaminer toute la société. Des exemples concrets sont là, sous nos yeux.

Ce qui est vrai du monde extérieur, est vrai aussi pour chacun. Vivre et vivre libre, ce n’est jamais laisser le champ ouvert à n’importe quoi. C’est accueillir dans son espace intérieur ce qui construit, ce qui édifie. Certes, à certains jours, devant la violence gratuite et imbécile, tu peux être tenté d’abriter la peur, le repli ou la soif de vengeance ; laisser ces bêtes fauves t’habiter, c’est introduire en toi un poison sournois et violent qui risque un jour de tout submerger. Il faut les rejeter et chercher ailleurs des raisons de vivre autrement. Il n’y a pas de maison bien rangée qui soit à l’abri de l’irruption des « sept esprits plus mauvais » qu’évoque l’évangile !
Certes, le chiffre sept est symbolique, mais il peut servir à faire attention aux portes d’entrée où se presse ce qui cherche à envahir notre espace ! Pour vivre et se développer, ils ont besoin de quelqu’un pour les héberger, comme le Corona.

Sept portes d’entrée, sept points de communication. J’y vois nos cinq sens, auxquels j’ajouterai l’esprit et le coeur. Veiller à ce qui pénètre par ces voies de passage et aussi contrôler ce qui en sort est indispensable pour garder la maîtrise de ce qui nous habite. Avoir les yeux ouverts, mais ne pas accepter toutes les images : certaines polluent, trop violentes ou trop marchandes. Développer une oreille attentive, mais sans s’arrêter à ce qui humilie ou rejette. Avoir un goût et un odorat en éveil, développer une véritable sensibilité, sans verser dans la mièvrerie. (Tu comprends pourquoi le Corona supprime goût et odorat !) Vouloir approcher, toucher, entrer en contact, mais sans imposer sa présence et peser sur les autres, en gardant une distance. Finalement, une volonté de gérer au mieux cette merveille qu’est notre corps comme outil de communication.

Autre porte, celle de notre esprit, de notre intelligence. Là s’ouvrent des possibilités immenses : acquérir des connaissances, mener une réflexion, s’ouvrir à la discussion, échafauder des projets,… Le danger est que se glisse, avec les connaissances acquises, la suffisance qui isole et qui rend hautain. On peut prendre la grosse tête, on enfle ! Occupé par toutes ces richesses culturelles, on risque alors l’étouffement, au lieu de rester ouverts et en éveil.

Septième porte, celle du coeur. C’est sûrement la plus importante, celle qui révèle en nous l’image de Dieu. Elle nous permet d’accueillir les autres, de leur manifester tendresse et amitié, d’élaborer un monde de partages et d’échanges ; elle met en jeu le plus profond en nous. Gérer cette ouverture sur les autres, c’est pas seulement se laisser attendrir sur un coup de coeur, mais durer dans la fidélité pour construire un monde qui communique la vie. Le risque serait de rester à rêver d’un monde merveilleux, sans l’inscrire concrètement dans des engagements réels et durables.

Il ne suffit pas que ta maison soit propre et bien rangée ; regarde ce qui l’habite. Quels sentiments, quelles recherches, quels soucis, quelles préoccupations, quelles affections ? Qu’est-ce qui prend de la place en toi ? Qu’est-ce qui t’occupe ? Et au delà de ta maison, dans ton environnement, quelles sont les paroles et les projets échangés, qu’est-ce que tu mets en œuvre ? C’est à toi de choisir les occupants de ta maison, d’héberger ce qui donne vie et joie : c’est à toi de contrôler l’air que tu respires.

Alain Patin
alain.patin chez libertysurf.fr

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