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      Jour 3 du déconfinement

Jour 3 du déconfinement


C’est le déconfinement, la reprise du travail, mais tous ne sont pas en phase : chacun est encore enfermés dans ses soucis ! Chacun dans sa bulle : et cela m’a fait pensé à ce texte.

« La foule serrait Jésus de près pour écouter la parole de Dieu. Lui se tenait sur le bord du lac de Gennésaret et il vit deux bateaux là sur le bord du lac. Les pêcheurs à terre lavaient leurs filets. Il monta dans l’un des bateaux, celui qui était à Simon. Il lui demanda de s’éloigner un peu du rivage ; puis, assis, il enseignait les foules depuis le bateau.

Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : "Avance vers l’eau profonde, et jetez vos filets pour la pêche.” Simon répondit : "Maître, nous avons peiné toute une nuit sans rien prendre, mais sur ta parole je vais jeter les filets." Ils y vont et ils prennent une si grande quantité de poissons que leurs filets se déchiraient. Alors ils font signe à leurs associés de venir les aider avec l’autre bateaux. Ils viennent et ils remplissent les deux bateaux, tellement qu’ils enfonçaient. A cette vue, Simon-Pierre tombe aux genoux de Jésus ; il dit : "Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur !" En effet, lui et tous ceux qui étaient avec lui, étaient bouleversés à cause des poissons qu’ils venaient de prendre ; c’était pareil pour Jacques et Jean, fils de Zébédée, les compagnons de Simon. Mais Jésus dit à Simon : " N’aie pas peur ! Désormais ce sont des hommes que tu prendras." Et ramenant les bateaux à terre, laissant tout, ils le suivirent.. » Lc 5, 1-11

En lisant ce texte, on a aussi l’impression d’un puzzle dont les éléments sont éparpillés ; différents personnages sont là, mais chacun est occupé par ses affaires. Au départ, la foule veut “serrer“ Jésus, le retenir pour en tirer le maximum d’avantages. Les pêcheurs, eux, ruminent leur échec : un nuit de pêche sans rien prendre ! Ils évaluent les conséquences économiques : pas de vente, pas de rentrée d’argent et tout ce qui s’en suit. Ca leur prend la tête ; ils ne voient rien d’autre, ni Jésus, ni la foule. Et puis, fatigués, ils n’ont qu’un souci : faire sécher leurs filets et aller dormir.

Jésus commence patiemment à tisser des liens ; il noue les fils qui vont les relier les uns aux autres. D’abord il s’éloigne de la foule, il prend de la distance et pour cela, il fait appel à Simon. Il veut créer avec les gens de la foule une autre relation que celle où ils cherchent à l’enfermer. Simon, sans le savoir, Simon va l’aider dans cette tâche.

Un peu plus tard, Jésus va s’intéresser au problème de Simon, à la pêche. Et c’est une telle surabondance que Simon ne sait plus où il en est ; celui-ci doit faire appel à d’autres compagnons qui, à leur tour, se trouvent embarqués dans l’aventure. Jésus leur déclare qu’il s’agit seulement d’un début : la pêche à laquelle il pense, sera bien autre chose. Elle va concerner toute la foule est là, rassemblée. Simon, Jacques et Jean ne sont plus simplement des pêcheurs sur le bord du lac ; ils deviennent des apôtres, chargés de faire monter cette foule dans le bateau du Royaume.

Désormais les éléments dispersés sont noués. La foule voulait mettre Jésus à son service ; Jésus, lui, appelle des hommes occupés à d’autres tâches à s’engager dans un projet qui les met tous en mouvement. A la fin du récit, tout est relié, tout est prêt pour une formidable aventure, une pêche surabondante d’hommes, et tant pis pour les poissons ! Nul ne se soucie de savoir s’ils restent à pourrir dans les bateaux ! Jésus, à partir d’éléments disparates, a constitué un peuple, où chacun a une place et une mission à remplir, irremplaçables.

Au début, tout est figé ; à la fin, un grand mouvement est lancé. Et quel est le ressort secret qui ouvre le processus ? C’est la réponse de Simon à la parole adressée par Jésus : « Sur ta parole, je vais jeter les filets. » Pour bouger, pas besoin d’être performant ! Simon semble tout à fait disqualifié au départ, aussi bien au plan humain (il a raté sa pêche), qu’au plan spirituel, (il se reconnaît homme de péché). Il n’est rentable ni pour le commerce de poissons, ni pour la mission. Et pourtant, parce qu’il accueille la parole de Jésus, il est transformé et il devient capable de le suivre.

Voilà l’histoire, une histoire que Luc compose avec soin et qu’il place au début de son évangile. D’où l’importance que prend cet épisode. Il est annonciateur de tout ce qui va ensuite se dérouler avec lui et entre eux : vie éparpillée, sans grande signification au départ ; aventure exaltante où tous ont un rôle important à tenir à l’arrivée.

Bien ! Mais comment me reconnaître, à qui m’identifier ? A la foule ou au petit groupe de pêcheurs ? Comme la foule, je voudrais bien “serrer“ Jésus, le mettre à mon service. J’attends de sa fréquentation, au moins quelques avantages. Mais, lui, semble s’éloigner, prendre le large ; il s’absente un peu et je risque d’en être étonné, décontenancé : mais alors que se passe-t-il ?

Comme Simon, j’ai aussi peiné et passé des jours et des nuits sans rien prendre ; je suis usé, fatigué ; j’aspire au sommeil, à l’oubli. Et dans sa parole, Jésus me dérange, m’arrache à mes petits projets : « Avance vers l’eau profonde et jetez vos filets pour la pêche. » Simon n’hésite pas trop, il s’engage sur cette parole. Et moi, je prends ou je laisse ?

Jésus me propose une place dans un réseau. Il crée l’“internet évangélique”. Il tisse avec chacun les liens qui le relient aux autres. Alors rejoindre Jésus, c’est entrer dans un jeu collectif, c’est participer au réseau, y recevoir mission : « Désormais, ce sont des hommes que tu prendras. ». Jésus débloque les situations apparemment figées. Il appelle ; il fait confiance et on sent bien que pour chacun aujourd’hui encore, ce peut être le début d’une aventure exaltante.

Prêt à bouger, à entrer dans le réseau, à te brancher au “net” évangélique ? Comme Simon, non pas à partir de nos capacités, mais en accueillant la parole que Dieu nous adresse : “j’ai besoin de toi pour mon peuple, j’ai besoin de ton bateau pour un autre genre de pêche ; ne crains pas, avance vers l’eau profonde !” Pour la vivre intensément, je sais que la pêche est abondante, que l’aventure est emballante, quand toute rencontre devient l’occasion de nouveaux liens, quand elle tisse la toile d’une vie nouvelle.

Alain Patin
alain.patin chez libertysurf.fr

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