ACO France - Action catholique ouvrière
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Témoins



Joie et force

 

23 mai 2018

RHÔNE (69) Lydia nous témoigne de la force qui la fait vivre.

Je suis née dans un milieu athée mais j’ai tout de même été baptisée à l’âge de 7 ans. À 15 ans, je suis allée à la communion de mon cousin et j’ai découvert une église autre que celle que je voyais à la télé. J’ai commencé à me poser des questions. En 1986, le pape Jean-Paul II vient à Gerland 1 : une copine me propose d’y aller. Et voilà, c’est parti. Nous rencontrons la JOC 2. Je commence la Révision de vie (RDV). Grâce à Jacques Jouham, prêtre accompagnateur de l’équipe, je découvre l’Évangile et fais alors ma communion à 20 ans.

Une vie spirituelle

Aujourd’hui, je ne vais pas souvent à l’église, mais cela ne m’empêche pas de prier pour les copains, la famille, les collègues de boulot, les voisins… Quand je le peux, j’aime beaucoup aller au 44 (notre local de la Mission ouvrière), où nous sommes un petit groupe à partager l’eucharistie avec beaucoup d’échanges et de prières, le deuxième vendredi soir de chaque mois, autour de Jojo, prêtre ouvrier. À Vaulx-en-Velin, où j’habite, il y a un partage d’Évangile (initié par des religieuses du Prado 3, actuellement assuré par un collectif aidé d’un prêtre). La RDV m’aide à prier, elle est, pour moi, une source de vie pour redémarrer surtout dans les moments difficiles. Les membres de mon équipe ACO ont toujours été là pour m’écouter et m’interpeller, au besoin. Il ne m’est pas toujours facile de m’exprimer oralement surtout au moment du Juger. J’aime beaucoup les prières qui sont dans Témoignage, Repères. Parfois, j’en écris. Au cours de ces mêmes RDV que nous sommes arrivés à équilibrer, nous essayons souvent de lire une prière ou de dire un Notre Père. À ce moment-là, je ressens bien la communion avec les autres.

Être en communion

Dans tous les temps forts, j’ai vécu des moments formidables car l’eucharistie et la prière prennent encore une autre dimension. J’ai pu communier dans des grandes assemblées lors des rassemblements. Je suis revenue de ces temps grandie dans ma foi, dans ma mission de partage avec les autres et dans mon amour pour Jésus-Christ. J’adore les récos où tu approfondis vraiment l’Évangile et où tu es en communion avec les autres. Ces temps de vie spirituelle et de prière me nourrissent chaque jour, ils m’apportent une joie de vivre. J’arrive à dialoguer plus facilement avec des gens inconnus, lors de rencontres dans la vie professionnelle ou sportive, les transports en commun… Il y a quelques années, ce n’était pas le cas. Aujourd’hui, je dépasse ma timidité et je pense être poussée par une force qui m’engage à aller vers l’autre et me donne un autre regard plus compréhensif sur certaines personnes. On me dit souvent : « Tu as toujours le sourire ! ». Je pense que cette force en est la raison. Elle m’aide aussi dans ma responsabilité au Comité de secteur ACO. Bien sûr, j’ai aussi des moments de cafard. J’ai même eu de la colère contre Dieu, mais cette force est toujours là et me pousse à me relever toujours un peu plus haut. Et puis, il y a toutes ces petites joies : les RDV avec mon équipe, mon quartier où je rencontre des gens formidables, les ami(e)s que je connais pour la plupart depuis 30 ans, mes 50 ans organisés en surprise par des copain(ine)s, la solidarité des filles au sport…Le chant Écoute, écoute me fait penser que c’est cette présence du Seigneur vers moi qui me pousse à suivre ce chemin de spiritualité, me permet de vivre la double fi délité à la fois au Christ et au monde ouvrier.

Lydia Maubert

1. Stade à Lyon.
2. Jeunesse ouvrière chrétienne.
3. Famille spirituelle (prêtres et laïcs) fondée par le Bienheureux Antoine Chevrier en 1856, ayant pour mission d’annoncer le Christ aux pauvres.



 


En mission d’Église

 

23 avril 2018

GIRONDE (33) Maïté, 33 ans, est Laïque en mission ecclésiale (LEME) depuis 2016. Elle a reçu deux missions : permanente de l’Action catholique des enfants (ACE) et permanente de la Mission ouvrière (MO).

J’ai été engagée en équipe JOC, puis nous avons rejoint l’ACO. J’ai été appelée à l’ACE 33 pour être présidente avant d’intégrer ma fonction de permanente.
Un travail
Dans mon travail précédent, secrétaire dans un cabinet comptable, j’avais des difficultés ; cette mission est arrivée au moment opportun.
J’ai été accompagnée par l’ancienne permanente, par la coordinatrice laïque, et par le délégué diocésain de la MO. J’ai senti tout de suite de la confiance de leur part mais aussi de tous les bénévoles qui m’entourent. Certaines périodes de l’année sont plus difficiles (rentrée scolaire, décembre/janvier, fin de l’année scolaire) car il y a beaucoup de réunions ou temps forts. Ils se déroulent souvent le soir et le week-end : il n’est pas toujours facile de faire place à sa vie privée. Mon compagnon, athée, m’a soutenu dans mon changement de travail. Il comprend mon engagement et, grâce à lui, il a découvert les mouvements et les actions menées, soutenues par l’Action catholique. Il pense que les mouvements comme les nôtres devraient être plus médiatisés. Cela me fait chaud au cœur.
Je travaille à la maison diocésaine. Avec les autres salariés des services et mouvements, nous cheminons, construisons, partageons… Et, certainement, que cela prépare les élections des délégués du personnel qui devraient être prévues en 2018.

Un engagement

J’ai en charge un club ACE de 4 enfants (Adam, Aymen, Camilia et Héryne) sur le quartier populaire de Cenon Palmer. Trois sont de confession musulmane. Ils se confient, m’apprennent des choses, sourient, rient… C’est un plaisir de les retrouver. Leur amitié fait écho à la résolution de l’ACE Plus fort ensemble !, qui donne confiance. Ma foi se nourrit de cette confiance. L’ACE est l’apprentissage de l’Évangile par le jeu.
Ces missions m’apportent beaucoup. Le fait d’aller tous dans le même sens est très agréable. Mes compétences sont sollicitées et ensemble, avec quelques jeunes de la JOC, des adultes de l’ACO et/ou du CCFD, nous mettons en œuvre des fêtes, des temps forts et vivons des situations imprévues. Comme avec Ali et Martine, sans papiers, venus à Noël en MO, qui ont contribué à l’animation musicale et au chant. Cette ouverture me permet de sentir que nous sommes inscrits dans la mission de l’Église et que des invités peuvent se joindre à nous.

Tous deux relus

Je suis en équipe ACO. C’est important ! C’est un moment à soi qui permet de se poser, de se questionner sur notre vie, notre foi, nos actions et nos engagements. La mission est enrichissante mais parfois lourde, et donc la relire est essentiel. Je participe aux temps de formation et de relecture organisés par le diocèse pour tous les LEME salariés ou non. Cela permet de se poser sur la mission confiée, sur sa foi, et de partager avec les autres LEME qui rencontrent souvent les mêmes joies et aussi les mêmes difficultés dans leur engagement.
Il m’est souvent difficile de dissocier travail et engagement car ce qui est mon engagement est devenu mon travail. Cette dynamique est exigeante et stimulante. À la rentrée, j’ai décidé de faire du sport pour avoir un temps pour moi et j’en suis ravie. Je ne regrette pas d’avoir accepté cette mission et encourage d’autres personnes à la vivre.

Maïté Combret



 


Je ne peux pas ne pas m’engager

 

20 février 2018 par Rédaction ACO

ASNIÈRES (92) Féliciano, membre ACO et militant socialiste, nous partage son état d’esprit en ces temps de doutes.

L’engagement militant dans un parti politique est une fête, lorsqu’il part d’un élan authentique venant du cœur, cohérent avec l’ensemble de nos aspirations profondes. Il est une fête quand les victoires et les conquêtes s’additionnent, mais il l’est aussi aux heures des sacrifices et des combats justes, que l’on pense perdus d’avance. Je dois avouer qu’après 17 ans d’engagement au parti socialiste (PS), je ressens moins cet esprit de fête. Je regarde aujourd’hui mon parti et me demande si j’y suis encore à ma place.

Des convictions et des doutes

Pour moi, l’engagement politique est une manière d’accomplir le « aimer son prochain comme soi-même ». Le parti semble avoir perdu de vue cet autre, plus fragile et précaire, ouvrier, étranger, femme, jeune, personne âgée… Le seul objet du parti semble être lui-même. C’est aussi un devoir pour ’les forts’ de porter sur eux la faiblesse de ceux qui n’ont pas cette force. Les conquêtes de droits nouveaux ; la consolidation de la démocratie locale, sociale ; l’opposition à la toute-puissance de l’économique sur le politique… Autant de forces à entretenir pour le parti.
Pour moi, le collectif est une dimension essentielle de l’engagement militant. Baptisé, j’ai été élevé dans l’idée que chacun est relié à tous les autres dans une dimension organique (allégorie du corps chez Saint Paul pour décrire l’Église). Or nous avons perdu le sens du collectif. Et c’est ici que réside, sans doute, mon plus grand désappointement en tant que chrétien catholique, engagé au sein d’un parti. Au PS, il me semble que nous sommes parvenus à ce moment de délitement redouté par Saint Paul dans sa métaphore, ce moment tragique où le pied dirait : « puisque je ne suis pas la main, je ne fais pas partie du corps ». Je crois toujours à la nécessité de l’engagement politique, en la puissance de l’action collective, au rôle des partis pour faire vivre et tenir ensemble les hommes et les femmes d’une même nation au-delà de leurs différences. Autant de certitudes battues en brèche aujourd’hui par le discrédit de la parole politique, la résurgence des populismes de toutes sortes, l’exacerbation des individualismes et des antagonismes de classe, de religion, de culture…

Une relecture salutaire

Plus dure sera l’action ; mais plus déterminé devra être l’engagement, plus solides les valeurs, plus claires les convictions. Je sais qu’il va falloir que je retrouve sens, c’est-à-dire à la fois signification et direction, à mon engagement politique. Parce que je sais que je ne peux pas ne pas m’engager, agir, prendre parti.
Il y a lieu, pour l’heure, de reprendre à nouveaux frais ce cheminement de l’engagement, forgé au fil de mes années en ACO : prendre d’abord le temps d’un regard lucide pour voir en vérité les choses, les situations et aussi les hommes et femmes avec lesquels je mène ou ai mené mes combats, moi compris ; juger ensuite, sans concession ni fausses excuses ce que sont nos valeurs, la sincérité de nos engagements, ce qu’ont été nos erreurs, mais aussi discerner ce qui reste de nos richesses, de nos forces, de nos possibilités de faire ensemble ; alors je pourrai à nouveau envisager d’agir, après en avoir déterminé les possibilités, les conditions et notre capacité collective à contribuer de quelque manière à améliorer les conditions de vie des plus faibles.

Féliciano Gomez



 


Chercheur de justice et de paix

 

7 décembre 2017 2017

ILE-DE-FRANCE Hisham Abu Shahla, 30 ans, Palestinien de Gaza, est doctorant en sciences politiques à Paris. Il prépare une thèse sur la question palestinienne : Une solution à un seul État.

Je suis arrivé en France en 2009, avec une bourse du gouvernement français pour étudier. J’ai fait un master en sciences politiques après une licence en économie et sciences politiques.

Concerné et impliqué

Enfant, j’ai vécu en Égypte, plus proche de Gaza pour notre vie familiale, mon père travaillait pour l’OLP , basée à l’époque en Tunisie. Nous avons donc vécu entre les deux. Je suis arrivé à Gaza à l’âge de 10 ans en ayant vu comment cela se passait ailleurs. J’ai ressenti nettement que nous vivions une situation anormale.
Je suis allé l’université islamique de Gaza après avoir été dans une école chrétienne. Mon engagement a commencé avec la fac en 2004. L’année qui suivit le décès d’Arafat , la majorité des leaders étaient assassinés. C’était la guerre ; la fin de la 2ème intifada. J’étais engagé dans un syndicat étudiant de gauche. On avait un petit journal. Je travaillais sur l’histoire du mouvement national palestinien. J’étais passionné par cela. Le plus difficile pour moi, ce fut la division inter-palestinienne. Cela a détruit mon idéal du militant engagé pour la Palestine. Je voulais partir ; j’étais un bon étudiant ; j’ai donc cherché une bourse pour poursuivre mes études.

Apprendre, informer, militer

Arrivé en France, à Nantes, j’ai rejoint l’Union Générale des Étudiants de Palestine et participé à des soirées de témoignages avec la mairie de Rezé.
Aujourd’hui, avec les autres Palestiniens que je rencontre, nous faisons des soirées pour apprendre notre histoire, loin de toute propagande, pour comprendre la réalité. Si on reste sur les slogans, ça tombe à un moment ou l’autre ; ça ne peut pas faire un projet politique. Je crois que la Palestine a besoin d’avoir un projet politique. J’organise des débats ou je suis moi-même invité. Quand il a fallu être dans la rue, nous y étions comme durant la guerre en 2014. Cela touchait aux limites du supportable, en particulier le discours du gouvernement français solidaire avec l’armée israélienne.

Refuser l’humiliation

Historiquement, la Palestine était une seule terre où tout le monde cohabitait. Mais, à partir du moment où la Grande-Bretagne a imposé un État juif, les choses sont allées vers la guerre. Pire : utiliser le discours sacré comme le fait le gouvernement d’Israël, c’est porter le conflit à l’infini. Aujourd’hui, un seul État contrôle tout : la terre, la population ; que ce soit en Palestine ou en exil. Le problème n’est pas de diviser un territoire déjà trop petit, ou de contester les espaces, mais d’établir une discrimination au plan des droits. Tant que cette inégalité subsistera, il n’y aura pas de paix. Ne pas accepter d’être humilié est inscrit dans la nature humaine.
Le conflit israélo-palestinien est un conflit politique. Vu de France, il n’est pas assez politisé. Il y a une colonisation en Palestine depuis 1948, avec une discrimination des Palestiniens (démolition des maisons, check-points…). Par mon travail, je veux essayer de proposer des bases scientifiques, pour avoir la légitimité.
J’invite chacun à chercher, à comprendre la situation et à ne pas tout voir avec les yeux franco-français ; à ne pas confondre le conflit Israël-Palestine avec les débats internes français, car cela n’aide ni en Palestine ni en France.

Propos recueillis par Sylvain Knittel



 


Un Carême de solidarité

 

21 septembre 2017 2017 par Rédaction ACO

ORNE (61) Actrice auprès de lui, Valérie témoigne du combat collectif de Patrick, son mari. Ils l’ont vécu en couple croyant.

Voilà 14 ans, Patrick intégra le groupe AMCOR Flexibles à Argentan. Nous avons quitté le Nord, famille et amis, nous nous sommes vite intégrés. Je suis devenue assistante maternelle, et catéchiste. Patrick a de nouveau été élu délégué syndical CGT. Nous avons 5 enfants.

Sacrifiés sur l’autel du capitalisme

Le 9 février 2017, le géant australien AMCOR, leader mondial de l’emballage flexible, annonce la fermeture du site argentanais avant l’été : 86 personnes concernées, âge moyen 45 ans.
Pour ce groupe, ce n’est pas une première. L’investissement en Asie est bien plus attrayant, et 446 millions d’euros de dividende en 2016 ne suffisent pas à faire vivre ’Messieurs’ les actionnaires. Il faut viser plus haut, sacrifier sur l’autel du capitalisme !
Cette fermeture, organisée en amont par la baisse des investissements, a été une grosse claque. Les salariés sont humiliés car ils entendent : « Si la situation se dégrade c’est de leur faute, ils ne connaissent pas leur travail ». Ils ont pourtant un savoir-faire reconnu puisque certains retrouveront rapide¬ment un CDI.
Pendant trois mois, les représentants des salariés négocient. Le blocage de l’usine est décidé lorsque des camions étrangers arrivent pour emmener les matières premières. Il dure 3 semaines, jour et nuit. 2 salariés sont mis en examen. Chaque jour est différent. Les rebondissements et les tentatives d’intimidation sont physiquement et moralement éprouvants. Heureusement les salariés ont sollicité dès le début, une avocate ; une vraie militante.
Sans son aide, des limites auraient probablement été franchies et c’est ce que cherchait la direction. Depuis le 16 juin, les salariés sont mis en disponibilité et attendent leur lettre de licenciement qui ne devrait plus tarder. Ils n’oublient pas leurs camarades de Déca Propreté qui intervenaient à temps complet et qui seront eux aussi licenciés de leur entreprise.
Aujourd’hui nous appréhendons la fin avec le souhait de garder les liens tissés dans les évènements qui ont permis à beaucoup de s’engager et de se défendre. Les salariés sont fiers d’avoir mené un combat digne, en restant debout sans débordement.

Nous ne sommes pas arrivés là par hasard

S’il est compliqué de se projeter, d’envisager de repartir, cette épreuve a consolidé notre couple. Nous sommes encore plus proches, nous connaissons les pensées et la réaction de l’autre. Pratiquants, nous avions prévu d’aller nous ressourcer à Lourdes. Nous y avons prié pour les collègues et déposé une bougie devant la grotte à leur intention. C’était notre mission, même si les collègues de Patrick en ont souri. Il leur rappelle : « La bougie n’est pas éteinte, et l’espoir de rebondir existe toujours ». Notre Carême a été vécu sous le signe de la solidarité. Le conflit a débuté le mercredi des Cendres et s’est terminé à Pâques. Si cela n’est pas un signe de résurrection… Les collègues ont découvert que nous sommes chrétiens pratiquants, cela interpelle certains.
Délégué syndical depuis de très nombreuses années, Patrick relie son engagement à sa foi. Aider, être à l’écoute, défendre les autres : est bien conforme aux valeurs chrétiennes. Sa vocation n’a pas été d’être prêtre mais de fonder une famille et d’être au service de l’autre dans son engagement syndical.
De ce conflit, nous sortons grandis. Dans l’épreuve et la solidarité, nous nous surpassons. Nous sommes capables de bien des choses.
L’ACO a soutenu les grévistes en participant aux manifestations et par une déclaration adressée aux salariés et à la presse (voir site acofrance.fr).

Valérie Henry



 


Passer le témoin syndical

 

9 juin 2017 2017 par Rédaction ACO

Oise (60) Nadine nous présente son parcours d’engagée syndicale.

J’ai travaillé 23 ans dans une société spécialisée dans le traitement des abonnements de la presse écrite ou audiovisuelle ; essentiellement avec des femmes de tout âge en CDI, et aussi des intérimaires. J’y ai acquis une expérience syndicale qui me sert encore aujourd’hui.

Solidarité et prise de conscience

À compter de 2004, des rachats successifs par des fonds de pension vont déposséder l’entreprise de son fonds de commerce, de son savoir-faire, de son personnel (externalisation du travail). Avec les autres délégués du personnel (DP), nous avons conduit nombres d’actions, manifestations, réunions, délégations au siège social, retardant l’issue fatale.
J’étais sensible à la solidarité entre collègues et à la prise de conscience. L’objectif du syndicat était de rendre les salariés plus actifs. Sortir de la solidarité, c’était se condamner à la précarité. Il fallait être vigilant, ne pas dramatiser et défendre des personnes vulnérables comme les femmes seules. Le personnel est fragilisé, déstabilisé, fatigué par les luttes qui ont duré, et par le ’toujours plus de rentabilité’. Quand on est renvoyé de son travail, on souffre. Il y a perte de dignité, y compris la dignité familiale.
Après plusieurs années de combat, je fus à mon tour licenciée. Il m’a fallu une année pour refaire surface, puis retrouver du travail dans le service à la personne.

Un partage d’expérience

L’association embauchait des chômeurs par contrat aidé, sur une période de 6 mois pour une durée maximum de 2 ans. Il n’y avait pas de DP. Alors, lorsqu’il nous a été remis, avec notre bulletin de salaire, une note d’information Élection des représentants du personnel, j’en ai discuté avec Corinne, une collègue. Je lui ai parlé de mon expérience de délégué dans ma précédente entreprise. Elle s’est dite intéressée mais néophyte. Je la renseignais de mon mieux et Philippe, mon mari, lui parla de ce qui se passait dans son entreprise et lui conseilla de se syndiquer. Il lui donna les coordonnées d’un délégué syndical CFDT. Quelques jours plus tard, elle me prévenait par sms qu’elle sollicitait les autres collègues en CDI : « J’aimerais savoir si cela intéresse quelqu’un de se présenter. Si oui, pourriez-vous me contacter pour faire liste ensemble… N’hésitez pas à en parler à nos collègues. Je sais que ce n’est pas évident, on ne se connaît pas tous. Mais, dans notre intérêt, ce serait bien d’avoir des délégués… ». À la suite de cela, une personne s’est faite connaître.
Elles ont été élues titulaire et suppléante. Les premières questions ont porté sur la gestion des jours de congés, les contrats de travail et l’organisation du travail, car le Conseil général voulait faire des économies sur les kilomètres effectués et le temps passé dans les déplacements. Conséquence : plus d’auxiliaires de vie intervenant chez les usagers, qui ne s’y retrouvent plus et perdent leurs repères.
Aujourd’hui, je suis retraitée. Je prends du temps pour effectuer des visites auprès de personnes âgées seules. J’ai gardé contact avec Corinne qui m’informe de l’évolution du travail ; je la renseigne quand je peux et nous entretenons un lien amical. Je la soutiens toujours car, depuis son élection, elle a subi une campagne de déstabilisation. Elle s’est accrochée à son rôle de DP, a pris de l’assurance, pose des questions, obtient des réponses et remporte des petites victoires, comme cette journée récupérée pour elle et ses collègues.

Nadine Leviel



 


J’aimerais être un passeur

 

24 mars 2017 2017 par Rédaction ACO

NORD Philippe, en ACO à Lille, vient d’être ordonné diacre. Il témoigne de son parcours et du sens qu’il donne au sacrement reçu.

Inspecteur technique dans une multinationale, j’ai 53 ans et suis marié à Geneviève depuis 1984 ; nous avons trois garçons : Romain, Simon et Nicolas.

Un appel

En 2011, le prêtre de notre paroisse nous interpelle, Geneviève et moi, au sujet du diaconat permanent : surprise, interrogation, questions, pourquoi nous, pourquoi moi ? Nous en reparlons avec lui, avec des amis diacres et prêtres. Nous concluons que nous n’avons aucune raison de dire « non », mais il reste de nombreuses questions. Nous commençons la formation, « on verra bien où cela nous mène ». Néanmoins, je me rends compte que notre profil est atypique : je n’ai pas été interpellé pour ma présence visible dans la paroisse, ni pour mon implication dans des services d’Eglise. Je me sens bizarre aux yeux des autres appelés, parfois débarqué d’une autre planète.
Jésus a été attentif aux plus petits, aux exclus ; il a accueilli, écouté tous ceux qui dérangent, ceux qui sont en marge de la société ou de l’Eglise. Accueillir l’autre, pour nous, c’est être témoin et annoncer que Dieu est amour, qu’il a donné sa vie pour tous. Sa résurrection permet aux hommes de donner un sens à leur vie, mais aussi l’espérance d’un monde meilleur. Ma foi me motive dans l’action, donne un sens à mes engagements mais c’est aussi eux qui nourrissent ma foi par les témoignages entendus, les personnes rencontrées, celles que l’on voit changer ou grandir. Annoncer l’Evangile, c’est annoncer la Parole, qui peut être assimilée à une graine que l’on sème, mais ensuite, nous ne la maîtrisons plus, elle croît d’elle-même (Luc 8,4-15). Par contre, nous pouvons lui apporter des soins, de la lumière, nous pouvons être tuteur.

Dans un quotidien

Dans mes engagements politiques et syndicaux, surtout en tant que délégué syndical, j’ai appris l’humilité, l’écoute et l’importance de la parole de l’autre ; savoir l’entendre, la comprendre pour mieux pouvoir s’exprimer en leur nom. Dans mon entreprise, je suis en position d’écoute et d’attention. Quand des clients me parlent de leur foi ou de leur rejet de l’Eglise, cela me touche, me bouscule, avant j’y étais plutôt indifférent.
Dans la vie associative, en tant que président du club de basket, je comprends mieux une remarque d’un membre du Bureau : « oui mais toi, tu es différent, tu fais attention aux autres ». Je trouvais cela évident d’être attentif aux paroles, aux gestes des autres. Aujourd’hui, j’entends un Dieu qui me parle à travers ma vie, les événements, mais aussi par les témoins rencontrés tous les jours. Sans parler de Dieu, ils en expriment quelque chose par leurs attitudes, leur écoute… C’est pour moi l’image de Dieu fait homme parmi les hommes.

Des missions confiées

Tout cela nous a mené à l’ordination diaconale en octobre 2016. Mes missions confirmées par l’évêque (accompagnement du relais enseignement supérieur de la JOC et du Comité d’agglomération Lilloise de l’ACO), mes engagements associatifs sont, pour moi, à l’image de la vie de Jésus, de faire un bout de chemin avec les gens puis se retirer pour leur permettre de continuer (Luc 24,13-34). Je pense qu’être diacre, c’est être un homme, par lequel l’Evangile passe. J’aimerais savoir parler couramment ces deux langues : celle de la Parole de Dieu et celle de la parole des hommes, afin de traduire en mots de travailleurs l’amour de Dieu pour les hommes et leur ouvrir le chemin de la rencontre avec Dieu.
« J’aimerai être un passeur. Engagé comme… Engagé avec… tout un chacun dans la vie de tous les jours » .
Philippe Plichon



 


Défenseure des droits humains

 

16 janvier 2017 2017 par Rédaction ACO

Nouvelle présidente du Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD)- Terre Solidaire, Sylvie Bukhari-de Pontual nous fait l’amitié de se présenter.

Depuis toujours, j’ai été, par mes parents, au carrefour de différentes cultures et religions. Ils m’ont entraînée très tôt à vivre dans d’autres pays. Cela m’a profondément ouverte au monde et aux autres, à des réalités politiques, économiques et sociales si diverses.
Une éducation d’inspiration jésuite reposant sur la liberté, la responsabilité et le discernement, et quelques rencontres, furent décisives dans l’enracinement de ma foi en Christ et dans mon engagement pour la défense de la dignité et des droits fondamentaux des plus fragiles. Dom Helder Camara (Archevêque de Recife, une des voix prophétiques de l’après Concile Vatican II), en appelant à se mettre au service des pauvres, ou encore Guy Aurenche (avocat, ancien président du CCFD-Terre Solidaire), alors président de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT), vivant concrètement sa foi chrétienne au service des plus vulnérables, m’ont amenée à poursuivre des études de droit et devenir avocate.

Contre l’injustice

Spécialiste de droit international, j’ai été une militante de terrain assumant progressivement des responsabilités dans un engagement bénévole très fort pour la défense des droits de l’homme au sein de l’ACAT France, puis de sa Fédération Internationale (FIACAT). Ne supportant pas, viscéralement, l’injustice, j’ai essayé de mettre mes compétences juridiques au service de ceux qui en sont victimes, les plus faibles, les plus démunis, les plus défigurés, les moins ’présentables’ (les détenus de droit commun, souvent victimes de traitements cruels, inhumains, dégradants).
C’est pourquoi j’ai aussi participé à la création d’un master universitaire formant aux métiers de la solidarité internationale, et je suis devenue enseignante à la Faculté de Sciences Sociales et Économiques de l’Institut Catholique de Paris.

Pour la dignité

Parce que des proches ont été licenciés dans des conditions inacceptables et m’ont sollicitée pour les défendre face à leurs employeurs, j’ai plongé dans le droit du travail et j’ai alors découvert une réalité que je ne soupçonnais pas. Comment ne pas évoquer ces femmes licenciées au retour de leur congé maternité, ces victimes de harcèlement moral convaincues qu’elles étaient les seules responsables de leur descente aux enfers, ces salariés humiliés jusqu’à se sentir inutiles, priés de quitter séance tenante leur emploi ou se heurtant brutalement au refus d’accéder à leur lieu de travail… Redonner leur dignité à ceux qui ont ainsi perdu toute confiance et estime de soi, faire reconnaître leurs droits élémentaires, est devenu un combat essentiel pour moi.
Finalement, le fil directeur de ces engagements, professionnels et bénévoles, est fondé sur une alliance indissoluble entre prière et action. Parce que ce combat pour la dignité de ma sœur, mon frère en humanité, est lourd, ingrat, difficile, avec des succès malheureusement trop limités, alors la prière me donne le courage d’agir dans la durée. L’immersion quotidienne dans la Bible (même dans le métro) est un temps de respiration. L’encyclique Laudato Si’ et les discours du Pape François aux mouvements populaires m’encouragent à aller de l’avant : le Royaume de Dieu est ici, maintenant ; nous devons ensemble le bâtir. Voilà pourquoi j’ai répondu, avec joie et espérance, à l’appel du CCFD-Terre Solidaire. Il ne se contente pas de dire que les êtres humains doivent manger à leur faim. Il se bat aujourd’hui pour le respect des droits des personnes et pour une juste répartition des biens qui nous sont communs. Il est communion d’Église : sa collégialité de 29 services et mouvements d’Église (dont l’ACO) en est le vivant témoignage !
Sylvie Bukhari – de Pontual
Présidente du CCFD – Terre Solidaire



 


Acteur de fraternité

 

3 novembre 2016 2016 par Rédaction ACO

LOIRE (42) Vincent, président d’un centre social en quartier populaire, nous partage le sens qu’il donne à son engagement.

J’ai découvert les centres sociaux grâce à la JOC en 94-98 (nombreux engagements dans l’aide aux devoirs).

Culture et mixité sociale

J’ai choisi d’habiter dans un quartier populaire marqué par l’immigration, le Grand-Pont, à Rive-de-Gier : de belles solidarités, une identité propre, un milieu vrai et généreux, une chapelle, une mosquée et le centre social Armand-Lanoux. J’y ai commencé par l’aide aux devoirs des collégiens. Un souvenir particulier : ces jeunes maghrébins médusés que je parle l’arabe sans être musulman… Ils devaient être dans mon esprit lorsque j’ai accepté de rejoindre le Conseil d’administration (CA), car ce qui doit animer ce type de structure me semble être l’accès à la culture dans toutes ses dimensions. Je voulais apporter ma pierre à cet édifice qui connaissait alors des difficultés financières et de gouvernance. Élu en 2010, lors du 1er CA, Fadila (gardienne pour l’office d’HLM) me propose de me porter candidat à la présidence. Être appelé par une habitante du quartier, militante, connaissant bien les habitants et respectée par tous, a eu beaucoup de poids.
C’est une chance de vivre cette responsabilité. Je suis témoin de l’engagement fidèle des nombreux bénévoles qui investissent animations et activités diverses. C’est être au cœur d’une action collective pour proposer des actions culturelles et innover, répondre aux besoins décelés des adhérents et aux attentes exprimées. Bénévoles et salariés forment une équipe aux talents, capacités et profils multiples. Bel atout qui attire un nombre croissant d’adhérents, eux-aussi aux profils de plus en plus variés. Cette mixité sociale des familles est une des bases de notre projet social.
Rien n’est idyllique bien sûr. La gestion du personnel, lorsque l’on est employeur associatif, peut causer des soucis. Il nous a fallu licencier deux salariés, dont un pour faute grave… J’ai ainsi découvert le tribunal des Prud’hommes. Ce n’est pas toujours facile à vivre. Heureusement, le licenciement a été validé, l’affaire est terminée et laisse place à la vie.

Lieu d’écoute et d’échange

Dans cet engagement, je m’appuie sur ma Foi (en l’Incarnation parmi nous du Tout-Autre) reçue de la famille, nourrie en ACE et JOC, réfléchie grâce aux GFO et mon volontariat en Palestine. Si je crois que Dieu s’installe dans le quartier, dans les allées des bâtiments, il me faut agir pour que le centre demeure un lieu de croisement des regards, d’écoute et d’échanges et, de ce fait, un lieu d’expérimentation du pouvoir d’agir des habitants. Car Dieu nous veut frères, libres et debout !
Le 22 mai dernier, nous avons vécu une grande journée citoyenne et spirituelle. Des musulmans avaient sollicité notre directeur pour vivre un temps de rencontre dans la différence, suite aux attentats qui ont amené des réflexions acides contre eux. En CA, nous avons accepté, à condition que l’ensemble des croyants et non-croyants puissent avoir leur place. Belle réussite : des musulmans ont assisté à la prière des chrétiens dans la chapelle, et des chrétiens à celle des musulmans dans la mosquée. Les conférences ont fait salle comble pour s’écouter et se découvrir.
Lors de l’ouverture officielle, j’ai dit que cette journée permettait de se rencontrer, d’échanger, sans cacher la différence de Foi. Notre point commun est d’être citoyens français, mais cela n’efface pas nos identités personnelles de croyants. Reconnaître en l’autre cette identité religieuse, mais surtout spirituelle, signifie pour moi reconnaître sa dignité humaine. A l’heure où les médias voudraient nous persuader que la religion se limite à des tenues ou des pratiques extérieures, sans m’afficher comme chrétien mais sans le cacher, j’essaie de vivre mes convictions : respect de la dignité de chaque personne, choix préférentiel des plus petits, souhait du meilleur pour chacun.

Vincent Royon



 


La soif d’en sortir

 

16 septembre 2016 2016 par Rédaction ACO

VIENNE (86) René est malade alcoolique guéri. Son histoire est tragiquement banale. Il témoigne d’un parcours difficile, mais au long duquel la persévérance, le respect mutuel, l’amour… ont permis non seulement de guérir mais de devenir, en couple, acteurs pour aider d’autres à s’en sortir, à retrouver humanité, dignité et liberté.

Depuis toujours, je consommais un peu d’alcool. Petit à petit, ça a commencé à dérailler. J’ai pris l’habitude de boire tout seul et de plus en plus. C’était devenu mon carburant. Il m’en fallait le matin pour partir travailler, le midi pour tenir jusqu’au soir et, en arrivant à la maison, je poursuivais ma consommation. J’étais malade alcoolique, mais dans le déni. Mon épouse voyait bien que je buvais, mais ne savait pas comment s’y prendre pour en parler au médecin. C’était une souffrance de tous les jours pour elle. Elle avait la honte, la culpabilité, le désespoir, la peur de ma violence. Nos familles savaient, mais étaient aussi démunies. Le soir, alcoolisé, je disais à mon épouse, en la prenant par le cou, « Je te promets, demain, j’arrête », et le lendemain mon cerveau en redemandait.
Un accompagnement salutaire
Après plusieurs années, j’ai enfin pris la décision, avec mon épouse, de me soigner. J’étais réellement malade alcoolique. J’ai d’abord fait une cure ambulatoire (traitement médicamenteux sans hospitalisation), puis un sevrage en milieu hospitalier suivi d’une postcure d’un mois. J’étais abstinent mais très dépressif, d’où un traitement d’anxiolytiques qui me rendait dépendant des médicaments ; je n’étais plus moi-même, j’étais comme une épave. Pour me sortir de cet état, j’ai fait une cure d’un mois de psychothérapie. Je peux dire aujourd’hui que cette cure m’a libéré d’un mal-être très grand, enfoui au plus profond de moi, dont je n’étais pas conscient et qui empoisonnait ma vie. Il m’a fallu deux ans pour sortir de l’enfer. ’La soif d’en sortir’, comme dit le Mouvement Vie Libre (VL), l’a emporté sur la bouteille. Aujourd’hui, je suis heureux avec mon épouse, mes enfants. Je suis libéré de l’alcool grâce à l’amour de mon épouse et de VL.

Aimer l’être humain

Pendant toute ma maladie, j’allais aux permanences VL, aux réunions mensuelles. Il a fallu beaucoup de patience, de bonté, de confiance, de discrétion pour m’accompagner dans ce rude chemin. Mon épouse et les militants de VL, toujours fidèles, ont été déterminants pour arriver à ma guérison. L’accueil, la convivialité, le respect de chacun, le non jugement, la confiance sont des mots clés du Mouvement qui sont très réconfortants, stimulants pour les malades. VL a été pour notre couple un moyen de rencontrer des personnes en souffrance et d’anciens malades guéris. C’est pour cela qu’aujourd’hui, ce que nous avons reçu, nous voulons aider d’autres à en bénéficier.
Je tiens à ce que VL permette aux malades de se connaître et de communiquer entre eux. L’expérience vécue dans notre foyer nous a rendus proches des malades et de leur entourage. Elle nous a appris à aimer l’être humain.
Aujourd’hui, mon épouse s’investit dans un groupe de parole Femmes. En toute confiance, chacune peut exprimer sa souffrance, ce qu’elle a vécu. Progressivement, elles se sentent soutenues, écoutées, comprises ; alors, exprimer des choses douloureuses, profondes, intimes, leur permet de libérer un mal-être enfoui au plus profond d’elles.
Toutes les semaines, une permanence dans 5 cantons différents a lieu pour des personnes concernées par cette maladie. Une réunion mensuelle à Châtellerault regroupe 20 à 30 personnes avec des échanges, des expériences, qui permettent parfois de se reconnaître dans l’expression des autres. La convivialité, les rencontres, les partages, l’amitié au sein de l’équipe sont une force pour chacun.

René et Bernadette



 


Une foi qui fait avancer

 

29 juin 2016 2016 par Rédaction ACO

MEURTHE-ET-MOSELLE (54) Brigitte est technicienne de surface. Entre le travail, l’engagement syndical et l’ACO, elle nous invite à la suivre.

J’ai 50 ans, 4 enfants, 7 petits-enfants. Je suis en ACO depuis 7 ans maintenant, après avoir fait 15 ans de JOC. Entre l’ACE, la JOC et l’ACO, ainsi que mon engagement à ATD Quart Monde, j’ai laissé passer du temps pour réfléchir. Parce que j’ai aussi été conseillère municipale à Tomblaine, ma ville, et aux parents d’élèves.
Je suis revenue à l’ACO parce que je voulais retrouver des copains. On avait fait de la JOC alors, avec mon mari, on a remonté une équipe.

Des conditions de travail qui mènent à se syndiquer

Au travail, j’ai 6 résidences à faire une fois par semaine ou tous les 15 jours. J’ai aussi des bureaux à faire chaque jour. Avec une autre entreprise, j’ai un lycée où je vais faire les entrées, et un bureau le soir. Pour faire 39 h de travail par semaine, on a à peu près 20 h de transport, non prises en compte sur les salaires. De plus, nous n’avons pas toujours le matériel pour travailler, alors on improvise.
Je suis en lien avec la CGT. C’est moi qui ai lancé le syndicat dans notre entreprise, mais c’est mon mari qui a été élu délégué du personnel. J’ai lancé la section syndicale pour avoir des réponses à mes questions par rapport à ce qui relève du contrat, de la grille des salaires et puis aussi pour arranger les conditions de travail des autres collègues.
Pour les élections, c’est une déléguée syndicale à la CGT qui a monté le dossier. Pour le premier tour, il n’y avait personne à nous opposer mais on a fait un deuxième tour, car on n’avait pas atteint le pourcentage. Alors, notre cheffe de service, qui est dans les bureaux, s’est présentée sans étiquette. Elle a dû mal le prendre et a voulu nous contrer. Le nouveau directeur essaie, quant à lui, de faire en sorte, pour l’instant, que les gens soient bien. C’est sûrement lié au fait que l’on a un peu poussé au niveau du syndicat, et il y a aussi les clients derrière nous, certains nous soutiennent.

… à lancer un relais ACO

Avec Roselyne, nous avons mis en route le relai Techniciens de surface. On en avait assez du boulot, des conditions de travail et on voulait voir si dans d’autres entreprises c’était la même chose. On voulait aussi que les gens aient un lieu pour parler car nous travaillons souvent seuls. Nous avons été rejoints par des copains et copines qui sont dans les mêmes sociétés et chez des particuliers.
Là, on donne la parole aux gens, ils parlent de leurs conditions de vie ; on parle du boulot… c’est un endroit où l’on peut s’exprimer. L’ACO peut être un lieu pour les personnes qui ne veulent pas être en lien avec un syndicat, où pouvoir exposer leur vie de travail et où avoir un début de renseignement pour se mobiliser, se mettre en route mais aussi où se dire ce qui nous fait tenir debout. C’est pour cela que nous l’avons fait et que nous allons continuer. Nous allons aussi essayer de les rencontrer pour un temps festif, il ne faut pas que ce ne soit que pour le travail. J’ai toujours eu la foi. Sinon, je ne serais plus en équipe. Surtout, c’est ce qui te permet d’avancer et de faire avancer les autres aussi, en même temps. On fait partie de l’Église mais on apporte notre pierre à nous, avec notre vécu, notre foi et aussi notre foi en l’Homme (ça en fait partie, sinon ça ne pourrait pas avancer). Si je n’avais pas la foi, je ne pourrais pas continuer ce que je fais. Ça fait partie de moi. •

Brigitte Bajoni



 


Prêtre-ouvrier, aujourd’hui

 

24 mai 2016 2016 par Rédaction ACO

LANGUEDOC-ROUSSILLON Jean-Louis, prêtre et laveur de vitres, témoigne de son quotidien et de la spécificité de son ministère.

Beaucoup de gens ne sont pas indifférents quand on emploie l’expression un peu mythique de ’prêtre-ouvrier’. Ils demandent si « cela existe encore » ; les plus anciens se souviennent vaguement du ’coup d’arrêt’ de 1954 et ne connaissent pas la suite de l’histoire ; tandis que d’autres ont connu tel prêtre-ouvrier (PO), même si c’était parfois plus précisément un prêtre au service de la Mission ouvrière qui n’avait aucune activité professionnelle. Cela existe encore mais, à vrai dire, nous ne sommes plus qu’une petite vingtaine en France dans le collectif des PO à ne pas être encore à la retraite !

Paroisse et CDD

Depuis 1993, je suis ouvrier dans le nettoyage – agent de service ou d’entretien ; j’ai travaillé dans une bonne douzaine de sociétés de ce milieu, surtout comme laveur de carreaux. En octobre dernier, après douze années dans la même entreprise d’une petite ville du sud de la France, j’ai déménagé dans une ville beaucoup plus grande, où j’ai tout de suite retrouvé un emploi à temps partiel (entre 20 et 30 heures par semaine), tout en étant le prêtre référent d’une paroisse très populaire et très marquée par l’Islam.
Ma situation professionnelle a quelque peu changé : j’étais pépère et me voici précaire ! J’étais délégué (syndical et du personnel) et me voici relégué ! Depuis le 1er novembre, j’en suis à ma deuxième société et j’enchaîne les petits CDD de remplacements. Pour avoir un CDI et pouvoir enfin dire un peu quelque chose, et peut-être m’engager de nouveau avec la CFDT, il va falloir attendre très longtemps et signer naïvement beaucoup de contrats « pas très catholiques » ! Ayant connu les conditions de travail les plus diverses, je ne me plains pas de mon sort : je suis au chaud puisque nous travaillons dans un grand hôpital. Par rapport à mon envoi dans le ministère PO et eu égard à mon âge critique (52 ans), et à la situation particulièrement difficile de l’emploi dans cette ville sans tradition industrielle, je ne trouverai pas mieux. Et surtout, le Bon Dieu m’a donné de bons collègues de toutes les couleurs ! Nous prenons la pause ensemble et l’ambiance est plutôt bonne. Pour que naissent la confiance et l’amitié, voire un peu de solidarité, il faut du temps ! Je souhaite de tout cœur prendre ce temps-là et rester avec ces collègues, même si je dois avaler quelques couleuvres !

Au service de la périphérie

Être PO, c’est un merveilleux ministère ! C’est une existence qui en vaut la peine, même s’il y a, en effet, de la fatigue et de la peine, comme dans tellement de vies de nos concitoyens exploités et précarisés. Dans les milieux ecclésiastiques, le ministère PO ne fait plus débat depuis bien longtemps. Nos chers Évêques, très occupés à boucher les trous pour ’couvrir’ le territoire des paroisses, ne sont « ni pour, ni contre, bien au contraire ». Et dans les séminaires, on ne risque pas d’en parler, si ce n’est dans un cours d’histoire de L’Église ! « Prêtres-ouvriers - prêtres oubliés », écrivait un copain PO ? Sans doute. Mais plus que jamais, justement parce qu’il y a désormais peu de prêtres dans nos régions, il serait bon que l’Église envoie en mission des serviteurs de l’Évangile qui ne seraient pas en priorité au service de la ’boutique’, mais de la périphérie. Et l’Église, dans son institution et ses ministres, n’a pas, loin s’en faut, fini d’apprendre de la vie des pauvres gens en partageant tout simplement leurs conditions de travail, leurs espoirs et leur désir d’une société plus juste et fraternelle.

Jean-Louis Cathala



 


Pèlerine du quotidien

 

2 mars 2016 2016 par Rédaction ACO

St-Etienne (42) Hélène est cadre de santé dans le secteur du handicap, elle nous propose de suivre son chemin de vie entre travail, engagement et foi.

Témoigner dans une revue n’est pas chose aisée. A l’appel de l’ACO, j’ai tout d’abord pensé qu’il interpellait le groupe ACO dont je fais partie, pour la rédaction d’un article. Que nenni ! C’est bien mon témoignage qui l’intéressait en tant que personne engagée dans un chemin de vie, de foi…

Prendre du recul

Que dire ? D’abord me présenter : à bientôt cinquante-cinq ans, je me définis souvent comme une grande ’pèlerine’ devant l’Eternel. Depuis que j’ai fait le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, en deux fois 28 jours avec la toile de tente, cette marche m’a offert une lente méditation au quotidien. Il me semble que, dans ma vie personnelle et professionnelle, j’adopte cet état d’esprit, cette prise de recul chaque fois que je le peux ; cette espèce de frein naturel à un rythme de vie toujours trop pressé. Si la vie m’a apporté mon lot d’épreuves comme chacun d’entre nous : décès de mon père, divorce, séparation… elle a aussi su m’offrir des joies précieuses : un fils, Jean-Baptiste, qui fêtera ses 30 ans pour Pâques, un réseau d’amis fidèles, des valeurs solides et une foi qui m’a toujours aidée à surmonter les obstacles.

Des valeurs et des actes

Mon engagement dans la société, pour aller plus loin dans le témoignage, provient déjà de mon éducation. Avoir comme exemple un père militant et chrétien qui, au quotidien à l’usine, se bat pour les autres, forge certaines valeurs comme le sens du collectif, la solidarité, l’altruisme, le service aux autres… Ce n’est donc pas un hasard si, à 19 ans, je débutais ma carrière d’infirmière en service de cancérologie, tout en prenant ma première carte syndicale, afin d’adhérer à un groupe de défense des droits des travailleurs. Ce n’est pas non plus un hasard si j’ai entrepris de poursuivre la réflexion chrétienne en allant à la JOC, puis dans un groupe de réflexion, puis enfin aujourd’hui à l’ACO. J’éprouve tout simplement le besoin de faire un parallèle entre les actes que je pose au quotidien et la parole de l’Evangile ; le groupe permettant à chacun de grandir encore grâce aux paroles échangées en vérité : paroles d’espoir, mais aussi de doutes, de colère parfois, de peine, de vie en somme…
Mon travail, depuis, a évolué, je suis devenue cadre de santé en 1991. Accompagner des équipes de professionnels me correspond car ça m’amène à transmettre et à faire vivre des valeurs, certes professionnelles mais tellement humaines aussi. Je travaille depuis six ans dans le secteur du handicap où, comme j’aime à le dire, " je prends soin de vies fragiles et pourtant si fortes d’enseignement ". Le changement de fonction pourtant, n’a pas été simple. Venant d’un milieu ouvrier, devenir cadre est presque, au début, une trahison à ce qui nous a structurés jusque-là. La réflexion sur sa pratique, l’échange avec d’autres, les expériences de huit secteurs professionnels différents dont la formation aides-soignantes et infirmières, m’ont permis de me construire une identité professionnelle autre, sans lâcher les valeurs fortes qui me sous-tendent.
Alors oui, je ’pèlerine’. A chaque écueil, je prends mon bâton et je cherche à aller plus loin dans ma foi, dans mon engagement, dans ma vie. Aujourd’hui, j’accompagne deux jeunes sur ce chemin de foi, de vie : l’une va vers le baptême et l’autre vers la confirmation… C’était sans doute écrit. •

Hélène Bonneval



 


Une piécette qui vaut de l’or

 

19 janvier 2016 2016 par Rédaction ACO

Lille (59) Daniel Maciel est diacre, membre depuis plus de 20 ans de l’association Magdala à Lille. Il témoigne de ce que cet engagement permet.

Pour dire mon engagement me vient l’épisode rapporté dans l’Évangile de Luc, où des gens riches déposaient beaucoup d’argent dans le tronc du trésor du temple, et où une veuve misérable met une piécette. Jésus remarque cette veuve et dit qu’elle a mis plus que tout le monde, parce que les autres ont pris de leur superflu alors qu’elle, a mis tout ce qu’elle avait pour vivre. Objectivement, ce qu’elle a mis ne va pas contribuer de manière significative à l’entretien du Temple contrairement à l’argent des riches. Mais en soulignant l’importance de ce geste, Jésus nous montre le renversement des valeurs à opérer pour construire le Royaume qu’il annonce.

Un engagement qui transforme

En m’engageant dans la communauté de Magdala, je voulais aider des personnes sans logement, sans travail ou cumulant toutes sortes de difficultés. Quand je vois avec le recul le nombre de ceux et celles qui nous ont quittés, avec 20 ou 30 ans de moins que l’espérance de vie moyenne des Français, je relativise les effets mesurables de cet engagement. Mais, au fil de ces rencontres, j’ai été profondément transformé. J’ai compris que ces hommes, ces femmes ont autant apporté à l’humanité que d’autres dont les noms sont célèbres. Cet apport est certainement du même ordre que cette pièce que met la veuve dans le tronc et dont le regard de Jésus révèle la valeur.

Servir la Parole de Dieu, la Parole des pauvres

Dans l’Évangile de Matthieu (ch.25), Jésus s’identifie aux pauvres. On pourrait ajouter aujourd’hui « Je n’avais plus la parole et vous me l’avez donnée ». Dans mon ministère de diacre, j’essaie de vivre le service de la Parole de Dieu, à travers le service de la parole des plus pauvres.
Les voix qui comptent dans notre société sont souvent celles de personnes instruites, qui ont du pouvoir ou de l’argent, qui ont fait de grandes choses aux yeux du monde ou qui, simplement, savent bien manier les mots. Or, faire face à la galère, à l’échec à répétition, demande beaucoup plus d’énergie que vivre la réussite. Ceux qui vivent ces épreuves ont des choses importantes à dire pour notre humanité, mais ils n’en ont pas conscience. Pour que leur parole émerge, il faut qu’ils puissent se retrouver avec d’autres et réaliser la valeur de ce qu’ils vivent. J’ai la chance d’être en lien avec des dizaines de ces groupes à travers la France, où chacun ose, petit à petit, se dire, parce que la confiance, la bienveillance et la fraternité vécues permettent de dépasser la honte et la culpabilité. Ce qui s’y partage est d’une très grande richesse, mais qui reste le plus souvent enfouie. Les pauvres sont généralement vus comme ceux à qui il faut donner, pas comme des contributeurs.
Heureusement des espaces se créent où leur parole est attendue. Je pense par exemple au Conseil national de lutte contre l’exclusion qui fait appel à des personnes qui ont l’expérience de l’exclusion pour participer à l’élaboration des politiques publiques, ou à des diocèses qui lancent des groupes ‘Place et parole des pauvres’, dans la suite de Diaconia 2013. Pour aider ceux qui le souhaitent à mettre en place les conditions pour que cette parole émerge, nous avons créé, à quelques-uns, ‘Participation et Fraternité’. Cette petite association développe des formations-action et accompagne des structures et des groupes de tailles très diverses pour associer ceux qui n’ont qu’une piécette à apporter à la construction de la maison commune.

Daniel Maciel



 


A la croisée des chemins

 

23 novembre 2015 2015 par Rédaction ACO

Mayenne (53) Catherine, membre ACO, est présidente de ’À la croisée’, un espace de découvertes et d’initiatives. Association qui oeuvre dans la lutte contre les exclusions en accueillant des hommes et des femmes de toutes générations, de toutes origines sociales ou culturelles, en activité, en recherche d’emploi ou retraités. Catherine nous livre une belle relecture de son action auprès de personnes en fragilités.

Depuis quelques années, l’association participe à une manifestation organisée par la municipalité : Balades au jardin. Je suis témoin du cheminement de chacun.
Pour choisir le décor, il faut donner des idées, s’écouter. Cette année, les participants ont fabriqué et vendu du mobilier de jardin. Avec cette initiative, c’est toute une reconnaissance qui s’engage : accepter les femmes à l’atelier bois, se sentir connus et reconnus par les ouvriers municipaux, leur demander des outils, puis être invités à boire le café avec eux….
D’autres activités voient le jour, comme ’l’art textile’ qui a même donné lieu à une expo qui s’exporte au Mans. Il fallait partir d’une porte et la reproduire. Créer avec du tissu et différents matériaux. Ce n’est pas facile mais je les sens solidaires, je vois des transformations à chaque atelier : un homme assez ’brut de pomme’ fait une porte capitonnée, et s’apaise.

Des échanges et transformations

La municipalité de Laval s’intéresse à eux. Les œuvres ont été exposées en ville, ils en sont fiers.
Le mari d’une des exposantes vient voir le travail accompli ; lui s’active aux jardins ouvriers, elle participe à la chorale ; ils entrent dans une autre relation de couple, faite d’un regard de fierté posé l’un sur l’autre. ça métamorphose le couple !
Il y a eu beaucoup d’échanges. On était tous au même niveau. Maintenant, tout cela les fait entrer dans une autre histoire, tout ce qu’ils ont fait devient leur vécu : un beau chef d’œuvre !
Ils se sentent à l’aise et ça leur donne envie de découvrir autre chose.

Des défis relevés

Chaque activité est un nouveau défi. La chorale : c’est tenir debout plus de cinq minutes, s’exposer devant les autres… Pour le sport, il faut évaluer le souffle… du coup ceux qui participent font un bilan de santé. Maintenant ils viennent même à pied, ils prennent soin d’eux.
Tout l’art est de convaincre d’essayer. Ces activités attirent de nouvelles personnes, elles se stimulent entre elles. Je suis épatée de voir comment les choses évoluent. Un des participants confie que c’est cet espace qui lui permet de se maintenir en vie.
C’est phénoménal le progrès, ça donne une leçon de vie, ça les sort de leurs problèmes, ça les met debout, leur vie est transformée. Mais cela me transforme aussi. Je donne du temps mais quand je vois le résultat, toutes ces choses positives, ce ne sont pas des miracles, mais… « si les aveugles voient, les boiteux marchent », c’est l’évangile ! ’Nos participants’, si je n’étais pas dans cette association, je ne suis pas sûre que je les aurais remarqués, ni même salués. Si je suis là, c’est grâce à eux. Je n’aime pas qu’on les appelle les ’bénéficiaires’. Je réagis tout le temps quand j’entends cela. Je tiens à ce mot : PARTICIPANTS ! Ils éclairent ma vie, on s’éclaire ensemble.
Catherine C.



 


Humanisme et militance

 

18 septembre 2015 2015 par Rédaction ACO

Pau (64) D’une famille d’agriculteurs, 6 frères et sœurs, Pierre est allé à l’école « où il n’a rien fait, mais a assumé ». Il a commencé à vivre à 19 ans avec le parachutisme qui lui a donné envie de sauter dans la vie et se prendre en charge. Père de 5 enfants, syndicaliste et engagé politique, il témoigne.

Engagement syndical

D’où m’est-il venu ? 4 fois licencié, 3 fois en conseil des prud’hommes, 18 mois de chômage. Mes parents étaient engagés dans l’action catholique rurale et dans le syndicalisme agricole : ils m’ont imprégné de leur combativité contre l’injustice et de la solidarité. J’ai vite pris goût à me défendre, à ne pas accepter la fatalité.
J’ai appris le droit du travail puis je me suis syndiqué à la CFDT pour défendre l’intérêt des salariés, en priorité au conseil des prud’hommes. Tout en donnant des conseils à certains petits employeurs pour trouver, si possible, une solution qui permette à chacun de sortir la tête haute.
Cet engagement fait suite à des rencontres tout à fait inattendues d’Hommes et de Femmes qui sont pour moi des référents, des témoins remplis d’un Humanisme débordant et troublant. Pour certains, c’est leur foi qui agit et qui parle ; pour d’autres, c’est un cœur généreux, rempli d’Amour. Ce que j’ai reçu m’a donné le goût, la faim de l’autre. Ils m’ont donné cette passion du combat collectif pour plus de justice, dans l’intérêt des salariés, du bien commun. J’ai donc fait consciemment le choix de la solidarité au service de l’Homme. Cet engagement m’a apporté l’épanouissement personnel, l’équilibre mais aussi l’ouverture d’esprit, cette curiosité positive et la compréhension des autres.

Au CMR

L’équipe, omniprésente depuis 35 ans, m’a permis d’être ce que je suis et je ne remercierai jamais assez mes coéquipiers ! C’est très important de savoir qu’on n’est pas seul, qu’on peut s’exprimer, partager librement, sans être jugé, surtout quand on est en difficulté ! C’est même vital, un privilège d’avoir un lieu de ressourcement où la confiance règne. J’ai toujours voulu que mon engagement serve à quelque chose, aux salariés, à mes proches, aux jeunes, à l’Homme tout simplement.

Engagement politique

Secrétaire de section PS… je me devais d’apporter aussi mon identité d’humaniste dans ce milieu très particulier, fermé, plutôt personnel, carriériste, moins généreux où le bien commun n’est pas toujours au rendez-vous. Mon engagement a été d’interpeller l’ensemble des élus pour partager leur travail, leurs mandats. Beaucoup de grands élus (député, sénateur, président de région ou de département), ont du mal à rendre compte et à parler de ce qu’ils font, de ce qu’ils vivent. L’exemplarité n’est pas forcément de mise. Le travail collectif est plus difficile, pas forcément la priorité, l’intérêt est ailleurs. Cela crée une ambiance moins humaine, moins chaleureuse, tout est à faire ou à refaire à chaque élection, contrairement au syndicalisme
où il y a une continuité. Le sens donné à cette vie militante ? Interpeller, améliorer, changer les choses pour un monde meilleur, au service de l’Homme.
J’ai grandi et suis devenu ce que je suis avec l’apport des autres. Seul on n’est rien. Même le Christ a choisi le travail collectif, le groupe des 12.
Selon Montesquieu, « lorsqu’on veut faire de grandes choses, on ne se place pas au-dessus des hommes, on se place au milieu d’eux ». La valeur d’un Homme ne réside pas dans ce qu’il a, mais dans ce qu’il est et vit, dans ce qu’il dégage en valeur ou énergie positive.
On ne dépend pas du destin, mais de notre esprit qui est la fenêtre par laquelle nous voyons le Monde, l’Homme et notre Mission sur cette terre. Notre esprit n’a pas de limite. Notre vie n’a pas de limite. Mon combat ? Aimer et être aimé. Vaste programme !

Pierre Camgrand
CMR : Chrétiens dans le Monde Rural.



 


S’engager en politique

 

24 juillet 2015 2015 par Rédaction ACO

Vaucluse (84) Françoise Petot, nouvellement engagée politique, nous partage son cheminement jusque là.

Après avoir travaillé aux ponts et chaussées de Dôle (Jura), puis comme secrétaire de direction dans une entreprise privée, Françoise rejoint son mari muté dans le secteur d’Apt en Vaucluse. Elle s’accorde une pause professionnelle avec la venue de son deuxième enfant. Réussissant son concours d’entrée à l’hôpital d’Apt, elle va pendant 30 ans assumer des fonctions la conduisant, en fin de carrière, au poste de responsable des ressources humaines pour la gestion des médecins et de secrétaires médicales. Très professionnelle, elle n’a cependant rien oublié de sa solidarité acquise dans sa jeunesse avec la JEC et la JOC, puis exprimée dans son engagement d’élue aux parents d’élèves FCPE. Comme "dame catéchiste", elle réalise que le "mélange des genres" forge son ressenti et son ouverture d’esprit. A l’hôpital, cette solidarité s’exprimera avec la CFDT des hospitaliers comme élue au comité paritaire, puis avec l’UNSA au conseil d’administration de l’hôpital.
A la retraite, Françoise s’engage en politique, la revue de l’ACO du Vaucluse l’interroge :

Françoise, une vie d’engagée peut-elle inévitablement développer une conscience politique ?
En tout cas la mienne s’est développée au travers de rencontres riches, mais aussi perturbantes et déstabilisantes, eu égard aux problèmes parfois aigus que les personnes vivent et sur lesquels tu dois chercher des solutions. Bien des fois tu piétines et tu butes : les chemins sont truffés de pierres ! Mais il faut toujours avancer en s’accrochant à ses valeurs personnelles, éthiques, de justice. Je ne renonce jamais quand il s’agit de défendre l’idée que nous serions plus heureux si nous travaillions ensemble pour l’ensemble. La foi, elle, transpire !

Aux dernières élections municipales, tu as accepté d’être sur la liste du maire sortant socialiste et tu as été élue. Quelles sont tes premières impressions dans ce début de mandat ?
Les obligations municipales, c’est un autre genre ! D’autres rencontres ! L’équipe comporte des sortants de la précédente mandature et le sens du partage a du mal à prendre ! N’étant pas prête à faire de la figuration, je m’investis beaucoup et participe à de nombreux groupes de travail, en dehors de mes missions d’élue. Cela me permet de croiser les informations, de comprendre le fonctionnement et de m’intéresser au travail des autres élus. J’apprends beaucoup et je reçois beaucoup.

Tu es membre de l’équipe ACO d’Apt. Comment vois-tu au sein de l’équipe ce vécu d’élue ?
Nous échangeons sur mon engagement et le vécu de chacun, avec ses différences, nous permettant de rester fidèle à l’esprit de l’évangile. La révision de vie, je la vis au quotidien, au rythme des participations aux réunions de travail, des dossiers à faire évoluer pour le bien collectif et aussi, peut être plus encore, des insatisfactions. Mais il faut rester "droit dans ses bottes" ! Je sais pouvoir compter sur l’aide de tous les membres de l’équipe. Dans cette équipe, les différences sont un atout précieux.

Enfin, dans ta paroisse, comment a été perçu ton engagement en politique ?
Assurant le secrétariat de la paroisse une fois par semaine, le père Aurad, curé d’Apt, connaît bien mon opiniâtreté, de même que les membres intervenants sur la paroisse à des titres divers. En fait je ne sais pas trop comment "on me voit", mais est-ce important ? Ma règle : rester moi-même.

Propos recueillis par Daniel Rauch



 


ACO et vie sacramentelle

 

20 mai 2015 2015 par International

Témoignage d’Isabelle qui, en cheminant vers le baptême, a rencontré l’ACO.



 


Petite soeur de l’ouvrier

 

13 mai 2015 2015 par Rédaction ACO

Pas-de-Calais (62) Il y a 40 ans, Odile s’engageait à « suivre Jésus-Christ à la manière des Petites Soeurs de l’Ouvrier ». Bien sûr, son ‘OUI’ initial s’est transformé. C’est chaque jour qu’elle est appelée à le renouveler.

Durant 13 ans sur Paris, j’ai partagé les conditions de travail des caissières en ‘magasin populaire’. Travail rude, décapant en périodes de pointe, au moment des fêtes… Pourtant, avec mes collègues et tout spécialement l’équipe des caissières, nous avons vécu des moments inoubliables. Joie d’un vivre ensemble qui a soudé l’équipe, créé une section syndicale avec l’amélioration de certaines conditions de travail, même si, 30 ans après, il y a remise en cause… Une amitié demeure, bien présente au-delà du temps, des distances.
Je pense à Guilaine qui est retournée à la Martinique, à qui j’avais demandé d’être témoin à mon engagement définitif. Il lui arrive de téléphoner pour prendre des nouvelles et me demander : « Dis, tu es toujours fidèle ? N’oublie pas que j’ai été ton témoin, que j’ai signé le registre ! ».

Dans le chômage

En 1984, après un changement de communauté où je suis envoyée dans le Pas-de-Calais, je bascule dans le chômage… Même avec une communauté, une congrégation, qui vous soutient, la désespérance s’installe très vite… Finalement, la parole d’un psaume -« Mais la ténèbre n’est point ténèbres devant Toi, et la nuit comme le jour illumine… »- m’a donné de comprendre que le Seigneur m’attendait ‘vivante’ avec les demandeurs d’emploi, partageant comme eux, avec eux, cette galère…
Miracle de la Parole priée qui apporte Lumière, Vie. Véritable renaissance avec la création d’un comité chômeurs, puis, en 1988, celle de l’association Pour le Droit au Travail à Lens, née d’une poignée de demandeurs d’emploi que je rejoins à l’appel d’un copain.
L’association adhère au Mouvement National des Chômeurs et Précaires.

**Rencontrer l’autre nourrit de manière mystérieuse

En 1990, grâce à tout un élan de solidarité, l’association peut bénéficier d’un local sur le quartier de la Grande Résidence et d’un poste de permanent.
Les copains voteront à l’unanimité mon embauche. Je ne pourrai jamais oublier que je suis sortie du chômage par leur proposition, leur confiance, leur humilité « Nous, on ne saura pas faire. C’est pour toi ». Alors qu’ils avaient charge de famille, parfois sans ASSEDIC, et le RMI se mettait juste en place.

Toujours engagée

Aujourd’hui, à la retraite, je reste engagée, tout particulièrement avec les demandeurs d’emploi, et dans les différentes structures que nous avons mises en place pour tenter de créer de l’emploi. Je continue à être témoin de gestes de solidarité, de combativité, de fraternité, de fidélité, d’espérance… ‘Terre sacrée’ à cultiver !
Dans la prière personnelle et communautaire, dans la relecture du vécu, je recueille cette vie comme un trésor, comme lieu de Sa présence et de communion à Sa vie donnée.
Chemin de vie passionnant… au sens de ‘passion-souffrance’, le réel est quand même, certains jours, lourd à porter, et ‘passion-amour’ par tout ce qui donne du ‘lien’, dans ce quotidien fait de relations, de rencontres (voisinage, courses, transports…), d’engagements. Ma joie n’existerait pas sans toutes ces relations !
Rencontrer l’autre, les autres, nourrit d’une manière ‘mystérieuse’, parfois même apporte plénitude et laisse sans voix… Cette vie contemplée me révèle ‘l’Innommable’ qu’il m’est donné d’adorer au cœur du monde !

Odile Maréchal
Contact : odilemarechal chez orange.fr



 


Assemblée régionale Aquitaine 2012

 

23 avril 2015 2015 par Rédaction ACO


Assemblée Régionale Aquitaine 2012 par acobearnpau64



 


L’ACO comme une goutte d’eau

 

22 avril 2015 2015 par Témoignage ACO

Cécile habite à la Grand’Combe dans le Gard. Elle est issue d’une famille ouvrière. Ses parents, anciens jocistes tout comme son frère, ont marqué l’atmosphère.

Pendant 10 ans, Cécile a travaillé dans un collège en qualité de femme de ménage, et en maison de retraite comme femme de service, avant d’être mise en invalidité pendant 30 ans. Elle s’est syndiquée à la CGT. C’est pendant son invalidité qu’elle a rejoint la Fraternité des malades. Dans son équipe, elle tournait en rond et petit à petit s’est posée la question du devenir.

[**L’équipe, un tremplin*]

Pendant ce temps, elle fut souvent invitée aux Journées de démarrage ACO et à la célébration de Noël de la Mission Ouvrière. C’est ainsi qu’elle a croisé la route de l’ACO et, ayant pris goût à ces rencontres, elle a finalement rejoint une équipe : « L’équipe ACO est un tremplin dans chacun de nos jours pour poursuivre la route. Ma force, c’est l’équipe, c’est la possibilité de faire révision de vie, c’est recevoir de chaque coéquipière et de l’aumônier ce qui fait un essentiel de vie, cet amour du Seigneur qui transparaît dans nos actes. Je me sens pleinement dans le bain ACO lorsque j’agis… je réagis… je résiste… je me bats ! »
Les revues sont pour elle une force qui l’aide à tenir la route, et à mieux distinguer le sens de la vie et de la mission : « J’ai le plaisir de lire Témoignage montrant la diversité des engagements ACO. Encore plus, je suis imprégnée de cet esprit quand je parcours les pages de Repères. Merci pour cette lecture qui est un bon dopant ».

[**Une mission au quotidien*]

Elle a été très impliquée dans les mouvements de malades, y compris au niveau européen pour l’APF ; pour elle, c’est la relation aux autres qui est intéressante.
Le thème de la Rencontre nationale de la Mission Ouvrière « Elargis l’espace de ta tente » la renvoie aux appels reçus dans sa vie : « Je suis plus attirée par la mission au quotidien. Pendant la période de la maladie et l’invalidité, je me suis mise à écrire des poèmes :

ACO tu me parles
Je te parle
Ensemble, n’est-on pas plus fort ?
Oui ACO… tu es la goutte d’eau dont j’ai tant besoin. »

Josiane Chrétien
josie.chretien chez gmail.com



 


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