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      Un jugement juste ?

Un jugement juste ?

La condamnation de 8 salariés de l’entreprise Goodyear, par le tribunal d’Amiens, à 2 ans de prison dont 9 mois fermes, oblige chacun à réagir. Ont-ils été trop loin dans leur lutte ? De quoi sont-ils coupables ?


Sans les procédures d’appel, ils seraient en prison. C’est impensable. D’accord ou non sur la stratégie menée pour le maintien des emplois, nous sommes ahuris par cette décision. Qu’est-ce qui a motivé ces peines de prison fermes requises et prononcées ? Pourquoi la prolongation des poursuites alors que les plaintes avaient été retirées ?… Chacun est invité à trouver la vérité des faits et à se situer. Quant à moi, j’ai participé à un rassemblement, signé la pétition de soutien. Je leur dis : « Ce qui vous arrive me concerne. Je choisis mon camp, c’est le vôtre, celui de ceux qui se battent pour garder leur emploi ». Quel est le sort des actionnaires hors-la-loi, qui ferment une entreprise ? En Picardie toujours, le Conseil des Prud’hommes de Compiègne a de nouveau donné raison à des salariés d’un autre géant du pneu, Continental. Le motif économique de leur licenciement n’est pas établi. Je sais les ravages occasionnés par ces fermetures. Je salue la dignité de ces salariés qui font reconnaître leurs droits, elle serait complètement restaurée par le retour de leur emploi.
Plus généralement, les tribunaux des Prud’hommes sont encombrés, signe d’un défaut de respect du droit et de demandes de réparations après rupture de contrats de travail.

Quel dialogue social ?

Que devient l’entreprise ? Communauté de vie, communauté de destin ? A coup sûr, elle est, ici, le lieu de conflits d’intérêts quand s’opposent une rémunération plus importante des actionnaires et le maintien d’emplois rentables, ou quand un patron refuse de payer des heures supplémentaires. Le recours à la justice est légitime, mais il se substitue à un autre mode de régulation sociale ; il révèle une incapacité à vivre les mutations de notre monde dans la sérénité et dans le respect des travailleurs, transformés en variable d’ajustement.
Chacun est concerné. Le mouvement ouvrier est divisé sur l’attitude à avoir. Un pouvoir politique qui est inefficace sur ces sujets perd sa crédibilité auprès du monde ouvrier et laisse un boulevard à d’autres forces politiques prêtes à céder à ces chantages ou à avoir recours au nationalisme. Nous ne pouvons pas nous en satisfaire.
A l’entrée en Carême, le pape François nous redit cette parole du Christ « C’est la miséricorde que je veux, et non les sacrifices » (Mt 9,13). Comment comprendre la miséricorde de Dieu ? C’est sa réponse d’amour à nos vies abimées par le péché, les nôtres et ceux de nos sociétés. « On est en train de châtier la terre, les peuples et les personnes de façon presque sauvage. Et derrière tant de douleur, tant de mort et de destruction, se sent l’odeur de ce que […] Basile de Césarée appelait ’le fumier du diable’, l’ambition sans retenue de l’argent qui commande. […] Le service du bien commun est relégué à l’arrière-plan »1.
La miséricorde est cette force d’amour et de solidarité qui nous fait tenir debout. Elle ressemble au respect, au soutien donné aux 8 militants de Goodyear. Pour tenir, ils ne peuvent s’en passer. Sachons être les messagers de la miséricorde autour de nous.

Pascal Fouque
le 11 février 2016

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