ACO France - Action catholique ouvrière
http://acofrance.fr/Comme-un-gout-de-mepris
      Comme un goût de mépris

Comme un goût de mépris

C’est en cheminant que l’on réfléchit bien souvent.


Lorsque l’on marche dans nos villes, il y a des détails qui peuvent paraître anodins mais qui expriment à eux seuls la réalité de notre société. En sortant du siège de notre mouvement, je descends souvent une avenue où un certain nombre de sans-abris ont élu domicile et s’abritent des intempéries auprès d’immeubles. Sans doute cette situation déplait-elle puisque certains de ces recoins, qui avaient l’habitude de recevoir ces sans-abris, se sont soudain vu agrémentés d’énormes bacs emplis de… cactus. Cette belle image de l’accueil qu’exprime cet édifice, hébergeant une école de journalisme, est finalement toute symbolique d’une vision de la société basée sur le mépris d’un certain milieu social favorisé, enfermé sur lui-même.

Des paroles qui piquent

Comment ne pas faire le lien entre mes pauvres cactus et certaines paroles exprimées ces derniers temps par des responsables politiques (président, secrétaire d’État, président de région). Sous couvert d’un soi-disant parler vrai, un véritable mépris de classe s’est exprimé : accusant certains d’êtres des fainéants, d’autres de profiter de deux ans de vacances au lieu de chercher du travail… Loin d’être anecdotiques, ces paroles expriment toute une vision du monde portée par des personnes issues d’une même ’caste’, rassemblant pouvoir politique et pouvoir financier.
Pour justifier cette vision, on tendrait presque à ne légitimer la réussite que par le mérite personnel. « La méritocratie fascine beaucoup parce qu’elle utilise un beau mot : le mérite ; mais comme elle l’instrumentalise et qu’elle l’utilise de manière idéologique, elle le dénature et le pervertit. La méritocratie, au-delà de la bonne foi des nombreuses personnes qui l’invoquent, est en train de devenir une légitimation éthique de l’inégalité. Le nouveau capitalisme à travers la méritocratie donne une apparence morale à l’inégalité » (Pape François, rencontre du monde du travail, Gênes, 27 mai 2017).

Une mémoire pour s’émanciper

Lorsque vous recevrez ce numéro de Témoignage, les commémorations de la Révolution d’Octobre 17 auront eu lieu. Quelle que soit notre lecture de cet événement historique, il est frappant de constater à quel point cette date fut le déclencheur de luttes émancipatrices, porteuses d’universel, loin du repli sur soi social, religieux ou identitaire. Aujourd’hui, cent ans après, et malgré l’échec du système soviétique, il est sûrement bon de vouloir révolutionner notre société. Alors que la classe ouvrière (ouvriers et employés), c’est 60% de la population active, elle ne représente que 3% des députés, tout juste un peu plus chez les maires… Il devient plus que jamais nécessaire que les classes populaires soient des ’semeuses de changement’. Comme le dit encore François : « Vous, les organisations des exclus et tant d’autres organisations d’autres secteurs de la société, vous êtes appelés à revitaliser, à refonder les démocraties qui traversent une véritable crise. »
Et notre ACO dans tout cela ? A nous de la mettre au service, aujourd’hui, de ce demain en gestation. Permettons aux femmes et aux hommes de la classe ouvrière de reprendre possession de leur parole, d’être acteurs de leur dignité.

Sylvain Knittel

PDF - 1.2 Mo
Opinion 581

Réagir à cet articleRéagir à cet article

Votre réaction

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?

Contacts locaux